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Patrick Perrey

poème, roman, chronique, venez découvrir mon esprit pleins de mots et de maux...

Gabriel ange déchu (épisode 5)

Gabriel ange déchu (épisode 5)

La « Déchéance ».

 

À peine étaient-ils rentrés chez eux, qu’Océane prit l’initiative d’appeler un avocat. Elle savait que ce qui venait de passé au collège leur était préjudiciable, et que devant la justice, on allait mettre en cause l’éducation qu’elle avait donnée à son fils, cela voudrait dire que l’on pourrait même lui enlevé la garde de Deborah. C’étaient les propos que lui avait tenus la mère de Bilal, qui l’a fit réagir sur ce fait. Tremblante, elle bafouilla un peu au téléphone. Gabriel posté dans l’escalier écoutait la conversation de sa mère :

  • Bonjour, Madame… Euh, Maître…Excusé-moi… Voilà, je voudrais que vouliez bien… Oh, excusé-moi je m’embrouille… Mon fils va être confronté à la justice… Et je voudrais que vous le défendiez… Je n’ai pas d’empêchement… Nous viendrons… Je vous remercie… À tout à l’heure.

Océane appela son fils, celui-ci en descendant ne put cacher qu’il était dans les escaliers. L’enfant entra dans le salon, la tête baisser. Sa maman lui fit signe de venir s’asseoir à côté d’elle sur le canapé, il s’exécuta. Océane posa ses mains autour du visage de Gabriel, et lui dit en le regardant droit dans les yeux :

  • Il va falloir que tu racontes tout à l’avocate… Ne cache aucun détaille… C’est la seule personne à qui nous pouvons faire confiance, aujourd’hui.

Le jeune métis hocha la tête de haut en bas, en déclarant :

  • Je voudrais que tu sois là toi aussi, maman.
  • Tu es sûr ? S’étonna t-elle.
  • Oui… J’ai eu tort de ne pas t’avoir fait confiance… Aujourd’hui je le regrette.
  • Oui, je te crois… Mais… Je ne veux pas que tu le fasses par la force des choses… Je veux que tu le fasses par ta propre volonté.

 

En début d’après-midi, Gabriel et sa mère se rendirent chez l’avocate. Le jeune homme avait le cœur battant, il observait partout. Le cabinet se trouvait dans un bâtiment ancien, hormis le parquet flottant, tout semblait être resté indemne. Les murs jusqu’à une certaine hauteur étaient recouverts d’une cloison en bois. Des tableaux de l’ancienne époque refroidissaient l’atmosphère. Le jeune métis observa avec attention l’un d’eux. Il s’aperçut que ce n’étais pas une peinture, mais une photographie qui mettait en scène, un ange dans une église. Ce qui l‘intriguait, c’était que le plafond avait une couleur tirant vers le rouge nuancé de jaune, comme si le lieu de culte était en train de prendre feu. Le jeune homme était tellement captivé qu’il ne remarqua même pas que l’avocate était venue les cherchez. Cette dernière s’approcha de lui, en l’informant :

  • C’est une photographie d’art… Son auteur s’appelle Lionel Gauci… Il a intitulé cette œuvre « ange et démon ».

Gabriel se retourna vers l’avocate, le regard gêné en s’exclamant :

  • Vous êtes l’avocate que je dois rencontrer ?

Les deux femmes se mirent à rire, émergeant de son inconscience, le jeune métis scruta le physique du magistrat. Elle avait de long cheveux noir attaché en queue-de-cheval, ces cils paraissaient surdimensionnés offrant un relief qui surplombait ses pupilles d’un brun claire chatoyant. Habillé avec un tailleur noir, ce qui lui donnait l’image d’une femme fringante, mais de son visage émanait une impression d’un être opiniâtre, maniant la cupidité des hommes comme une épée, avec certainement plus d’agilité que ses initiés. Le jeune homme se leva pour suivre les deux femmes qui s’avançaient vers le bureau en discutant. Gabriel la tête baisser, était repartie dans ses songes : « C’est l’heure de leur raconter tout ce qu’il s’est passé avec Bilal… Je ne sais pas comment je vais trouver la force de parler de mes problèmes à cette inconnue… Elle peut avoir l’air sympa comme ça… Mais à moi elle me fait peur… Elle ressemble à une journaliste… C’est le fait que je sais… Qu’elle va devoir me défendre avec ces mots… Et franchement… Ça !... Je n’en ai pas envie !… Mais je n’ai pas le choix… Il faut que je me sorte de cette galère !… Au moins… Pour ma mère. » 

Ils entrèrent dans un grand bureau, dans cette pièce relativement sombre, il n’y avait aucun contraste avec le reste du bâtiment, tout semblait appartenir au passé.

Cela mettait mal à l’aise le jeune garçon, qui n’écoutait pas les adultes parler ensemble, captivé par ses pensées qui convergeaient vers le fait qu’il allait devoir laisser quelque chose de lui ici. « Cet endroit est loin de me rassurer… Je suis là, pour que l’on juge… Jusqu’à qu’elle point je suis défendable… Et savoir qu’est-ce que l’on peut espérer de mieux pour mon avenir… ça me déprime de m’apercevoir… Jusqu’à quel point l’amitié peu me mener… Jusqu’à la déchéance… Je ne sais pas où je serais dans quelque temps… Peu importe ce qu’il se passera… Cette partie de ma vie restera une déchirure… Au fond de mon cœur. »

Gabriel fut sorti de ses songes par la voix douce de sa mère, qui l’appelait :

  • Gabriel !... Et Gabriel !
  • Euh… Désolé j’étais dans mes pensées. Répondit le garçon.
  • J’ai vu ça… Mais ne t’inquiète tout va bien se passer. Dit-elle en le rassurant.

L’avocate qui avait suivi la scène avec attention, prit la parole en le regardant droit dans les yeux :

  • Gabriel tu sais… Je suis là pour t’aider… Et bien sûr il faut que tu me racontes tout pour que je puisse t’aider… Mais je ne suis pas là pour te juger… Je vais te défendre contre ceux qui voudront te faire passer pour ce que tu n’es pas… C’est ça mon but… Alors quand tu te sens vas-y explique-moi comment Bilal et toi en êtes arrivé là ?

Un silence pesant régna quelques secondes dans la salle, les yeux des deux femmes étaient braqués sur le jeune homme, qui prit une inspiration, et commença son récit. Durant tout le temps ou le jeune métis relatait les faits à l’avocate et à sa mère, ses yeux étaient à la limite des larmes, ce qu’il redoutait de laisser de lui dans cet endroit était sorti par ses pensées, il y laissait une partie de sa fierté, car il devait déjà jouer le rôle de celui qui a souffert et comme l’avait-il dit à Charlène, « Je déteste qu’on est de la pitié pour moi…Je pense pas la méritée » lui avait-il dit. Tout ça le touchait de trop près, c’était comme son « talon d’Achille », la flèche de ses ennemis l’avait frappé de plein fouet. Au fur et à mesure qu’il dévoilait les évènements qui l’amenaient à être dans cette situation, les expressions de Gabriel s’intensifièrent, son visage semblait changé, de ses yeux émanaient de la rancœur, sa voix devenait de plus de plus en rauque, comme si le passage des mots se faisait avec tellement d’insistance, que ses ressentis de chaque situation remontait à la surface, avec la dureté émotive des épreuves, ainsi que ses effets initiaux. À la fin de son discours, le jeune homme ne put se contenir, ses émotions s’emballèrent, et il lâcha tout ce qu’il avait sur le cœur :

  • Alors que maintenant on me dise… Que je leur aie tenus des propos racistes… ça me fait vachement mal !… Je ne voulais pas cette bagarre devant le collège !… Et encore moins… Celle dans le bureau du principal !… Je me défendais juste… D’ailleurs tout est arrivé parce que je ne me suis pas laisser faire…
  • Tu l’a dit ça l’inspecteur de la brigade des mineurs. Demanda l’avocate, en se redressant sur son fauteuil.

Le garçon eut un regard en direction de sa mère, et répondit avec tristesse :

  • Si… Mais il n’écoutait pas ce que je lui disais… Il persistait à dire que j’étais coupable de tout ce qui c’était passer…

Océane finit l’explication de son fils :

  • Il faut dire que l’inspecteur Rugeau… N’arrivait pas digérer que Gabriel ne lui ai pas fait confiance… Quand il a voulu l’interroger à l’hôpital… Après que Bilal l’ai agressé.

Le magistrat qui mordillait un peu le bout de son stylo, après une réflexion qui dura quelques secondes, semblait embêter, elle déclara :

  • Je crois que le fait que tu n’as pas voulu faire une déposition à la police… Lorsque tu t’es fait agresser… Va jouer contre nous… La légitime défense ne s’appliquera pas car tu as eu devant toi un policier qui a voulus t’interroger… Et que tu n’as pas voulu lui en parler…

Océane reprit la parole et tenta de souligner :

  • Oui… Mais un inspecteur ne doit pas réagir comme ça.
  • Ça on le sait… Mais j’essaie de me mettre à la place du jury… Eux… Vont penser à de la vengeance…

L’avocate se tourna vers Océane, et lui tins ses mots :

  • Vous savez… Quand, avec leur avocat, on choisira les jurés… Il y a des risques… Pour qu’il enlève une personne qui a l’esprit le plus ouvert… Et après que la vie de votre fils soit dévoilée en public… La partie plaignante essayera de faire passer votre fils pour un jeune violent… Qui s’est amusé à jouer de sa supériorité intellectuelle pour manipuler… Et créer un effet de groupe contre sa bande rivale… Une vengeance personnelle… C’est tout ce qu'ils voudront prouver… Et si, en plus… Deux jeunes juifs viennent se lamenter à la barre… Les gens vont penser à de l’antisémitisme… Ils auraient été musulmans, on aurait eu plus de chance… En France, quand on entend parler d’agression de juifs… On pense tout de suite au nazisme.

Le Magistrat continua comme si, elle pensait à haute voix :

  • En plus son père est parti depuis deux ans… Ils vont dire que c’est un enfant qui a dû mal à supporter se départ… Et pour cette raison… Qu’il est en train de sombrer dans la violence…. Ils vont croire que vous n’arrivez pas éduquer votre fils… Et c’est ça !... Le plus dangereux… Il faut que nous arrivions… À protéger votre fille de tout ça… 

Elle semblait tout à coup relativement soucieuse, et demanda :

  • Vous n’avez pas encore reçu de convocation du tribunal ?
  • Non. Répondit Océane inquiétée par les propos de l’avocate.
  • Ça nous laisse le temps de nous préparer… Il faut que j’appelle le palais de justice… Je vous tiendrais au courant… Et on se reverra pour préparer notre défense…

Pendant que les deux femmes parlaient du côté administratif de l’affaire, Gabriel réfléchissait au discours que le magistrat venait de prononcer : « Tout mon passé va être révélé devant un tas de gens que je ne connais pas… Et qui auront mon avenir entre les mains…Mais je ne sais pas ce qu’il me fait le plus mal… Le fait que ma vie va être jugée… Où le fait de ressentir le poids de la culpabilité que j’éprouve à avoir mis sans le vouloir… Ma famille dans une situation périlleuse. »

La complainte de Gabriel.

 

Le chemin du retour, Gabriel le passa en silence, il était trop toucher par ce qu’il venait de se passer avec l’avocate, il en était sorti déprimer, sa mère le vit dans son visage, mais le jeune homme ne voulut pas en parler. Lorsque Océane s’arrêta devant le portail, il sortit de la voiture en courant, ce qu’il vivait, commençait à être trop lourd pour lui. Les larmes coulantes, il courait à toute vitesse dans les rues du lotissement, lui demander de se plaindre, jouer la pitié tout ça tournait en boucle dans son esprit. Il ignora sa mère qui l’appelait, arrivant maintenant dans une petite ruelle, à la vue de personne, il sécha ces larmes, en sortit. S’avançant dans une impasse, il scruta autour de lui, cherchant un numéro d’habitation précise. Le garçon s’avança vers une de ses maisons et frappa à la porte, elle s’ouvrit tout doucement. Son cœur battait à plein régime, le visage de Charlène apparut. Le regard intrigué, elle s’étonna :

  • Gabriel ?... ça va ?
  • J’ai besoin de parler. Dit-il en éclatant en sanglots.

La jeune métisse le serra contre elle, en le rassurant :

  • Ça va… Pleure… Ça te fera du bien.

 

Quelques minutes après les deux adolescents marchèrent jusqu’à un point d’eau, en route, le garçon ne voulut pas parler. Il voulait attendre d’être seul avec elle. Assis près de la rivière « Le Jabron ». Le jeune métis regarda Charlène, en lui disant :

  • J’espère que je t’ai pas dérangée tout à l’heure ?
  • Non… Ne t’inquiète pas… Vas-y tu peux parler, je t’écoute. Dit-elle d’une voix douce.
  • Je suis allé voir une avocate avec ma mère cette après-midi…
  • Pourquoi une avocate ?
  • Ce matin… Je me suis battu avec Bilal… Dans le bureau du principal… Il a appelé ma mère et elle s’est pris la tête avec Bilal et sa mère… Pis on s’est cassé… Ma mère à envoyer chier « Battant ».
  • Ça va… Bien fait pour lui !
  • Ouais… Mais après ça… Ma mère à flippé et… À appeler une avocate… Parce qu’elle savait qu’avec ce qui s’était passé dans le bureau… Elle a dit qu’il était temps de faire appel à une avocate…
  • Et comment ça s’est passé ?
  • Franchement…Ça m'a fait trop mal… Parce que je t’aie dit que je n’aimais pas qu’on est de la pitié pour moi… Imagine-moi en train de me lamenter devant une femme que je ne connais pas pendant une heure !

Ces yeux commençaient à se gorger de larmes, mais il finit sa phrase :

  • Tout ça pour qu’à la fin… Elle me fasse comprendre que j’ai mis ma famille en péril… T’imagine !?!... À cause de mes embrouilles avec ce « connard » !… Ma mère pourrait aussi perdre la garde de ma sœur !

Il avait ponctué sa phrase en hurlant ces mots, et craqua de plus belle. Son amie le prit dans ses bras, il commençait à se calmer, puis reprit :

  • Le pire… C’est… Que je vois qu’il y a tout qui va mal… Et mon père me manque… Il ne m’a jamais autant manqué que maintenant…

Gabriel, laissant ses larmes coulées, s’alluma une cigarette. Charlène mis sa main sur la sienne en lui disant :

  • S’il était là qu’est-ce que tu lui dirais ?

Le garçon détourna la tête et répondit :

S’il était là… Je lui dirais… Que je veux… Qu’il revienne habité avec nous… Que ma mère l’aime sûrement encore un peu… Qu’à moi !... Tu me manque !… J’en n’aie rien à foutre que mon étoile continue de briller !... Sans toi. Dit-il en laissant ressortir toute la peine qu’il avait gardée au plus profond de son cœur.

Bannissement.

 

Gabriel avait été marché un moment, pour se calmer, avant de rentrer chez lui. Lorsqu’il entra, il vit la lueur d’une bougie qui émanait du salon, il s’avança encore et aperçu sa mère, installer au bout de la table. C’est elle qui brisa le silence :

  • Où est-ce que tu étais, je t’ai cherché partout ?

L’enfant fit quelques pas supplémentaires en direction de l’escalier, la peur au ventre, en répondant :

  • J’avais besoin d’être seul.
  • Le principal à appelé… Il a décidé de ne plus t’accepter en cour tant que le procès ne sera pas passé.
  • Et Bilal ? Demanda t-il, en s’arrêtant en bas des escaliers.
  • Il n’est pas exclu provisoirement.
  • Pourquoi !?!
  • Il m’a dit… Vu que c’est lui qui a porté plainte… Il n’a pas le droit de l’exclure.

Le jeune homme avait pris cette nouvelle, comme un nouveau tour de couteau dans sa plaie, il monta à toute vitesse dans sa chambre, il ferma la porte à clé, tomba assis par terre en position du lotus. Il en était devenu ahuri, pendant quelques secondes, le silence vint définitivement glacer l’atmosphère : « On n’est en train de me couper… De m’exiler de la société… Je suis suspecté d’être… Un jeune qui pète littéralement un plomb… Sur deux jeunes juifs… Tout arrive d’un coup… Ces trucs qui se passent en ce moment… Sont des trucs pour me casser… C’est pas vrai. Qu’est-ce qu’il m’arrive !?!… Pourquoi d’un coup dans ma vie... Tout s’accélère… Je ne demandais pourtant rien à personne… Je voulais juste que l’on me laisse tranquille… En terme juridique… Je suis un jeune…Qui va être jugé pour des propos raciaux... Et propos discriminatoire conduisant à de la violence physique… C’est l’enfer ! ». Son corps se balançait d’avant en arrière, les yeux ouverts dans l’obscurité, Gabriel se sentit complètement piégé par son ancien meilleur ami, ne comprenant comment pouvait-on monter une histoire aussi énorme, pour le faire plonger. « Bilal est donc devenu… Aussi ingrat que ça !... Quant à Malika… Elle a l’air de s’y plaire… En tant que dernier maillon de la chaîne… Elle qui venait pleurer… En me disant… Qu’elle ne voulait pas qu’il m’arrive du mal… On ne m’avait jamais dit ça… Et aujourd’hui… C’est sa déposition qui m’enfonce le plus… C’est une lâche ou… Une traîtresse !... Je suis certain… Que je ne sortirais pas indemne de ce procès… Je n’espère plus que pour ma famille… ».

 

La nuit fut difficile pour le jeune métis, il eut du mal à trouver le sommeil. Le visage cerné, il s’observa longtemps dans la glace, le regard figé sur l’image qu’il reflétait. Il ne s’était jamais vu comme ça, avec de telles marques d’abattement. Le garçon sortit de la maison sans déjeuner, il se mit assis sur un banc à l’autre extrémité du lotissement. Une clope à la main, il vit venir Charlène qui se rendait au collège. Elle s’approcha de lui en s’exclamant à voix douce :

  • Salut !… Je te demande pas si ça va.
  • Non… C’est pas la peine. Dit-il, un semblant de sourire aux lèvres.

Elle scruta autour du banc, en s’étonnant :

  • T’a oublié ton sac !?! Ou…
  • J'vais pas en cours… Je suis viré jusqu’à la fin du procès. Déclara t-il d’un air dépité.
  • Ah, ouais !?!... Et Bilal ?
  • Vu qu’c’est lui qui a déposé une plainte… C’est moi qui suis mis à la porte… Parce qu’en tant que victime… Ils auraient pas le droit de le virer.

La jeune métisse soupira. Blasée, elle constata :

  • C’est pas normal… Il devrait aussi être sanctionné… Après tout… Tu ne devrais pas pouvoir être considéré comme coupable… Avant la fin de ton jugement.

Le jeune homme ne voulait semble t-il plus en parler, ne répondant pas à la constatation de son amie, il changea littéralement de sujet :

  • Dis-moi est-ce que je pourrais de te demander un service ?
  • Oui… Mais tu peux m’expliquer en chemin… Sinon je vais arriver en retard.
  • Euh… Ouais. Dit t-il en s’éjectant du banc.

Et en commençant à marcher, repris sa demande :

  • Tu as un ordinateur avec Internet ?
  • Oui… Et tu veux que j’y cherche quoi ?
  • J’aimerais retrouver mon père… Alors… Je voudrais que tu cherches si tu ne peux pas trouver des informations sur lui… Dans un annuaire ou autre…
  • Je regarderais… Mais ton père est peintre… Il va peut-être faire une « expo » dans le coin prochainement, non ?

Il se retourna vivement vers son amie, en s’exclamant :

  • Toi… Tu sais quelques choses ?
  • Ça dépend quel est son prénom ?
  • Diego.

Charlène lui sourit, en l’informant :

  • Il fait une « expo » dans deux semaines à Avignon.
  • Comment tu le sais ?
  • Le jour où l’on s’est disputé chez toi… En m’en allant… J’ai décidé de ne pas lâcher l’idée de te venir en aide… Alors quand je suis rentrée… J’ai lancé une recherche avec ton nom de famille… Et je suis tombée sur cette « info »… Quand j’ai vu la photo de cet homme… Je me suis tout de suite douté que c’était ton père.
  • Pourquoi ?
  • À part qu’il a des cheveux blonds… Tu lui ressembles beaucoup.

Le garçon fit un sourire de côté et rétorqua :

  • Tu as eu de la chance que je porte son nom… Parce que mes parents n’ayant jamais été mariés… J’aurais pu porter le nom de ma mère.
  • C’est sûr… Tu vas y aller ?

Gabriel se mit en face d’elle, la suppliant du regard, il quémanda :

  • Tu pourrais m’accompagner ?

Et avant qu’elle n’eût le temps de répondre, il ajouta expressément :

  • Je te paierais le billet !

La jeune fille qui n’était pas sûr d’avoir bien compris, s’ébahir :

  • Tu es sûr que tu veux que ce soit moi, qui t’accompagne !?!
  • Oui… Je préfèrerais… T’a présence me réconforterait.
  • Ok… Alors j’irai avec toi… Mais pourquoi tu te décides maintenant à le faire ?

Se trouvant à quelques mètres du collège, ils s’arrêtèrent, et le garçon s‘expliqua, les yeux tournés vers le sol :

  • Parce que selon ce qu’il se passera au tribunal… Je n’aurais pas l’occasion de le faire pendant un long moment.
  • J’espère que tu te trompes… Mais ch’te comprends.
  • Tu sais… J’ai beaucoup réfléchi à cette affaire… Je crois qu’il ne faut pas que j’me voile la face… Il y a beaucoup trop d’choses qui vont jouer contre moi dans ce procès… Au mieux… Ma mère et ma sœur seront épargnées… Mais pour moi… Il faut pas rêver, ils vont me faire plonger.

Comme si elle avait compris qu’elle ne pouvait pas lui démontrer le contraire. La jeune métisse lui dit avec le regard triste :

  • Peu importe ce qu’il se passera… Je ne te laisserais pas tomber… Juré !
  • Je le sais… C’est pour ça que je sais que je peux te faire confiance. Argumenta t-il en la fixant dans les yeux.

La jeune fille inquiète pour l’avenir du garçon qu’elle aime, se jeta dans ses bras avec tout son désespoir qui se lisait sur son visage.

 

Gabriel, sur le chemin du retour, se disait qu’il n’avait pas assez d’argent pour payer deux billets de train pour Avignon, alors il prit la décision de demander à sa mère pour aller travailler une semaine avec son oncle pour gagner suffisamment de sous. Cet oncle était en fait le frère d’Océane, il s’appelait Marcus, il aimait que Gabriel vienne l’aider à la ferme et en échange il le payait. L’homme n’était pas près de ses sous, et rien ne lui donnait une raison de l’être, seul héritier de sa famille, sa sœur ayant été déshéritée. Mais l’homme avait bon cœur, il aidait souvent Océane, lorsqu’il sentait qu’elle avait du mal à finir le mois, il lui faisait un virement sur son compte sans rien lui, car la femme avait des difficultés à accepter de l’argent qui provient de l’héritage de ses parents. Alors quand il lui donne une somme, ils n’en parlent même pas, comme s’ils font semblant d’oublier. Marcus était le seul agriculteur de son élevage à faire de la polyculture à côté d‘un travail d’élevage de Spitz loup, et c’était dans cette activité que Gabriel intervenait, il avait un meilleur Contact avec les chiens, que Marcus qui était assez brut dans la manière de s’en occuper, alors que le jeune homme savait allier fermeté et geste d’affection. Cette nervosité, il ne l’avait qu’envers ces canidés, parce que dans la vie c’était un brave homme, plutôt bon vivant, il savait mettre l’ambiance au sein de sa famille, et, dans le village, tout le monde semblait l’apprécier. D’ailleurs il avait bien l’apparence d’un joyeux luron, relativement petit, trapu, il avait de grandes moustaches rousses toute droite et une barbichette qui ne poussait plus depuis longtemps.

Gabriel ange déchu (épisode 5)

Le jeune ne voulait pas dire à sa mère, qu’il allait essayer de revoir son père, et sachant qu’Océane savait qu’il aimait aller travailler là-bas, celui-ci aborda le sujet d’un autre angle. Le garçon qui avait plus d’un tour dans son sac, joua la comédie avec justesse, il entra dans la maison, en prenant le rôle du gamin qui s’ennuie à mourir, il se rendit à la cuisine où sa mère était en train de faire la vaisselle, s’exclama après un grand soupire avec un air de chien battu :

  • Il n’y a rien à faire... Je m’ennuie.

La femme sans se retourner rétorqua :

  • T’aurait pu faire une grasse matinée, ce matin… Pourquoi tu t’es levé si tôt… Si tu n’avais rien à faire ?
  • J’ai quasiment pas fermé l’œil de la nuit. Répondit t-il tout en s’approchant d’elle.
  • Tu n’arrivais pas à dormir à cause du procès ?
  • Ouais… Il faut qu’je trouve quelque chose pour m’changer les idées.
  • Tu veux que j’appelle ton oncle pour savoir si tu peux aller travailler avec lui ?

Discrètement, Gabriel esquissa un sourire :

  • Ouais… Ça serait pas mal si je peux rester au moins une semaine chez lui… Ça irait déjà mieux.
  • Bon, ben je l’appellerais ce soir pour lui demander.
  • Merci… M’man. Dit-il en remontant dans sa chambre.

 

Pour prévenir Charlène qu’il allait sûrement partir une semaine chez son oncle, le jeune métis se rendit devant le collège, attendant sa sortie. Il s’était posté sur le trottoir en face du portail, lorsque Fabrice vint le voir. Le surveillant tenta une approche amicale, en arrivant la main tendue vers l’adolescent :

  • Salut, Gabriel… Qu’est-ce que tu attends ?
  • J’attends quelqu’un. Dit-il en lui serrant par politesse.
  • Tu sais… J’y peux rien… Mais si tu restes là ça va faire des histoires… Alors je préfèrerais que tu attendes plus loin.

Le jeune homme le fixa, et répondit d’un ton catégorique :

  • T’as rien à me dire… Ici ch’uis pas dans le collège… Donc je bougerais pas de là.
  • Écoute ne compliques pas les choses… Déjà tu dois passer au tribunal.
  • Déjà qui te dit que je l’attends… Lui ?
  • Mais même si tu ne l’attends pas lui… Dès qu’il va te voir ça va être la bagarre… Alors je te demande de te mettre plus à l’écart… C’est tout.
  • Non.
  • Pourquoi tu fais ça ?
  • Parce que déjà qu’il m’a foutu dans la merde… J’vais pas me cacher pour lui.

Tout à coup la sonnerie retentit, le pion qui n’avait pas le choix, déclara :

  • Je reste avec toi.

Au bout de quelques minutes, le jeune métis la vit arriver, il l’interpella :

  • Charlène !

Celle-ci fit un grand sourire et arriva vers lui presque en courant :

  • Qu’est-ce que tu fais là ?
  • Fallait que je te voie ?

Fabrice qui était toujours présent fit une tape amicale sur l’épaule du jeune homme, hochant la tête de droite à gauche, lui faisant comprendre qu’il l’avait bien fait marcher, le jeune métis répondit d’un sourire moqueur.

Les deux adolescents ne s’attardèrent quand même pas devant le collège, c’est en marchant que le garçon l’informa de ce qu’il projetait de faire :

  • Euh… En fait je voulais te voir… Parce qu’en fait je vais sûrement partir une semaine chez mon oncle… Alors je voulais te prévenir.
  • Ah…Ok… Ben, tu me préviendras quand tu reviendras !?!
  • Bien sûr.
  • Tu vas faire quoi là-bas ?
  • En fait… Je vais m’occuper de ses chiens.

Charlène se pinça les lèvres et se retourna vers son ami :

  • Tu fais ça pour pouvoir payer les billets ?
  • Ouais… En fait… Je me suis avancé en sachant qu’j’avais cette solution pour gagner l’argent qui me manque.

Lentement, la fille tenta d’obtenir un « main dans la main », tout en s’exprimant :

  • Je suis contente que tu m’es choisie pour t’accompagner.

Le garçon conclu le geste de son amie, marchant comme des amoureux. Une sensation de chaleur envahie le visage de Charlène, elle se sentait tellement heureuse, qu’elle était submergée par cette montée d’adrénaline que lui procurais ce moment tant attendu. Mais le jeune métis n’avait accepté de le faire que comme un geste amical. Alors il prit l’initiative de le lui faire comprendre, pour qu’il n’y est pas de quiproquo :

  • Tu sais je t’ai choisie parce que tu es ma meilleure amie.

 S’arrêtant d’avancer d’un seul coup, le regard triste, elle s’étonna :

  • Meilleure amie !?!... T’as bien dit meilleure amie !?!... Tu m’as dit que tu me faisais confiance… Que ça te réconforterait si je venais … Et tu me dis que tu me considères que comme ta… Meilleure amie !?!
  • Je ne veux pas te perdre !… Et je sais que si ne marche pas entre nous… ça ne sera plus jamais comme maintenant. Déclara t-il en se retournant vers Charlène.

Des larmes coulèrent sur les joues de la jeune métisse, qui fut dépitée de retomber de son nuage aussi vite. C’était la première fois que Gabriel avait vraiment fait mal à celle qu’il percevait comme son ange, mais aussi qu’il ressentait de la colère chez elle. Le regard de Charlène avait totalement changé, furieuse, mais triste, la jolie furie rétorqua :

  • Je suis dégoûtée !... Je me demande comment j’ai pu être aussi conne pour croire que j’avais mes chances avec toi !… Alors que je me retrouvais amoureuse… D’un… D’un « No-life » ! … C’est vraiment ça !... Tu ne te laisse pas tenter par l’amour… Parce que t’as peur d’avoir mal !... Tu ne fais pas de projet à long terme... Parce que tu ne veux pas être déçu !... Je… Je… Laisse tombé !… Tu viens d’me faire trop mal, Gabriel… Vraiment trop mal.

Le chagrin qu’elle éprouvait était trop fort, la fille fit volte-face, partant complètement anéantie, le garçon voulut la retenir, mais elle le repoussa en criant :

  • Laisse-moi tranquille !

Il soupira, constatant l’erreur qu’il venait de faire, en la regardant partir.

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