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Patrick Perrey

poème, roman, chronique, venez découvrir mon esprit pleins de mots et de maux...

Gabriel ange déchu (épisode 8)

Gabriel ange déchu (épisode 8)

Déménagement.

 

Sur le chemin du retour de l’hôpital, Océane se demanda comment allait-t-elle s’organiser pour la vie de tous les jours. Son fils ne pouvant pas rejoindre sa chambre avec son fauteuil roulant, ils devaient trouver une solution qui leur conviendrait au deux, alors elle lui demanda son avis :

  •  Comment tu veux qu’on s’organise pour toi à la maison ?

Gabriel se pinça les lèvres, et d’un air gêné répondit :

  •  J’ai déjà pensé à la question et… Je sais que ça va te paraître bizarre… Mais j’aimerais même y faire ma chambre… 
  •  Où ça ? Dit-elle intriguée.
  •  Dans l’atelier d’Papa. Exprima-t-il embarrassé.

La jeune métisse qui était installée à l’arrière de la voiture ne voulut pas se mêler à la conversation, s’enfermant dans son silence, posant le côté du front contre la vitre. L’adolescente s’exila d’elle-même dans ses songes, tentant de trouver une solution pour pouvoir témoigner au procès, luttant seule face à la panique qui s’était emparée de son esprit depuis, que l’avocate l’avait en quelque sorte mise aux défis.

Pendant ce temps-là, Océane qui avait changé de visage en entendant la solution que Gabriel lui avait apportée, ne répondit pas tout de suite. Elle ne l’avait plus rouvert depuis le lendemain du départ de Diego. C’était au sous-sol, la porte d’entrée était située derrière la maison, une large fenêtre donnait sur l’extérieur, créant un endroit particulier, car en accord avec la personnalité artistique de son ancien amour. Pour cette raison, l’atelier était devenu un sujet tabou. Océane ne se sentait pas du tout ébahie par sa réouverture :

  • Je sais pas… Je ne me sens pas de remettre les pieds là-bas…
  • Je ne te demande pas de remettre les pieds là-bas…

Sous l’insistance de son fils, l’Irlandaise commença à perdre patience :

  • Et qui va devoir te préparer la chambre en bas !?!

D’un calme diplomatique, le jeune métis répondit :

  • Je me débrouillerais tout seul… En plus il y a une rampe d’accès… Tu n’auras pas à y venir… Charlène n’auras qu’à me donner un coup de main pour descendre le peu d’affaire dont j’ai besoin… Dit-il en observant sa petite amie par le rétroviseur.

Celle-ci n’eut aucune réaction. Encore trop captivée par ses pensées s’imagina le garçon… Mais Charlène, elle, était intimement convaincue de ne pas avoir à y émettre le moindre avis et s’était tellement obstinée à s’éclipser, histoire de ne rien entendre de cette conversation, que, même la prononciation de son propre prénom ne la fit pas réagir. Alors le jeune homme conclu la proposition qu’il faisait à sa mère, sans s’attendre à une confirmation instantanée de la part de sa petite amie :

  •  Et toi…T‘auras juste à me donner un sac avec mes affaires de toilette… Et des draps… Y’a déjà un lit en bas.
  • Et les meubles de ta chambre ?
  • Papa à tout vider en bas… Y’a des placards de libres… Et si Déborah, le veut… Elle peut s’installer dans ma chambre.
  • Et pour te laver, tu vas faire comment ? … Y’a pas de douche en bas ?
  • Ouais je sais, mais comme de toute façon… Je peux me laver qu‘au robinet et comme il y en a un en bas… Ça ne pose aucun problème.

Sentant que son fils restait campé sur sa décision, elle prit une grande inspiration, et déclara :

  • De toute façon… Fait ce que tu veux ! … Mais je n’y mettrai pas les pieds ! …

Puis ajouta ;

  • Mais par contre… Tu me diras quand tu voudras qu’on déménage toutes tes affaires… Je tiens à donner un coup de main à Charlène pour les rassembler.

Il eut un long silence, où le garçon s’angoissa en pensant aux tableaux qu’il avait pu garder de son père. Et il trouva une feinte très habile pour éviter que sa mère tombe dessus :

  • M’man... Je préfère pas que tu mettes le nez dans mes affaires. Annonça-t-il avec un brin de comédie.
  • Pourquoi ça !?! S’étonna-t-elle.

La jeune métisse qui fut vivement sortie de ses pensées par l’exclamation qu’avait émis la mère de son petit ami, ne put s’empêcher d’essayer de comprendre ce qu’il venait de se passer et suivit la suite de la discussion avec intéressement :

  • Ch’uis un garçon… T’es ma mère… Il y des choses que je ne préfère pas que tu voies…
  • Et Charlène !?! S’exprima-t-elle avec un soupçon de jalousie dans la voix.

Ce qui fit pouffer de rire la concernée et attira sans le vouloir l’attention des regards. Après un petit raclement de gorge, la jeune fille s’en excusa :

  • Hum… Excusé-moi. Dit-elle avec sincérité.

 Gabriel qui avait compris ce qui l’avait fait rigoler, essaya de garder son sérieux face sa mère visiblement obtuse : 

  • Ben, elle… C’est pas pareille… C’est ma copine ! S’exclama-t-il en se marrant à moitié… Car du coin de l’œil il voyait que Charlène tentait avec difficulté de calmer son fou rire. Mais les efforts de la jeune métisse fût vain qu’en l’expression du visage d’Océane passât à un air d’obnubilation totale : 
  • Ah ! Bon. Dit-elle, aberrée.

À cet instant, la jeune fille craqua, gloussant avec intensité, elle fut suivie par le jeune homme qui explosa avec fracas, laissant sa mère dans l’incompréhension.

Cette dernière à qui le rire devenait de plus en plus communicatif, arrêta le véhicule sur le bas-côté, pour tenter de se faire expliquer ce qui les faisait autant rire :

  •  Allez ! Dite moi s’qui vous fait rire ? … Vous croyez que Ch’uis une veille qui comprend rien à la vie, ou quoi ? … C’est ça !... Parce que sinon c’est que ch’peux moi aussi en rire ? Badina-t-elle en imitant « l’ado » joignant avec humour des gestes désarticulés à une voix pubertaire.

Mais cette tentative ne fut que d’augmenter la force de leur crise de rire, mais l’anglo-saxonne ne baissa pas les bras, réitéra sa demande :

  • Allez ! Dite moi !?! Clama-t-elle, telle une enfant capricieuse.

Puis ne voulant pas en démordre, elle s’attaqua à l’instigatrice de ce fou rire, se retournant sur son siège, à peine avait-elle chopé les poignées de Charlène dans l’optique de la taquiner jusqu’à ce qu’elle se met à table, que l’adolescente répliqua :

  • Ok… Ok… Je vais vous dire. En essayant de retrouver son calme.

Et reprit :

  • Ouais… Mais faut qu’il arrête de rigoler cinq minutes.

Gabriel s’obligea à exécuter, quand se fut fait, elle entama son explication tant bien que mal :

  • C’est quand vous avez joué la maman jalouse, je n’ai pas pu me retenir de rigoler ! Et se remit à rire avec intensité.

Océane se tut quelques secondes se remémorant ce moment puis s’esclaffa à son tour. Malgré que le futur s’annonçât rude pour tout le monde, la jolie petite métisse avait sans le vouloir, fait passer un bon moment de rigolade à son petit ami ainsi qu’à la mère de celui-ci, mais cet épisode de folie, ne sont-ils pas tout simplement des rires nerveux ?      

Gabriel ange déchu (épisode 8)

Charlène

 

 

Gabriel avait le cœur battant, plus il avançait sur la petite allée cailloutée qui l’amenait à l’arrière de la maison, plus des frissons envahissait petit à petit son corps. Malgré son envie débordante de faire sa chambre dans l’atelier de son père, le jeune homme n’aurait jamais pensé que se serait aussi dur émotionnellement.  S’arrêtant devant la porte massive qu’il lui faisait face, emplit d’angoisse mêlée à de l’excitation, il prit la clé dans sa poche de chemise, la serra fort et blottit son poing fermé contre sa poitrine, comme un culte, il voulait sentir le pouvoir qu’elle contenait. Après un court instant, les yeux humides, le petit métis se décida à entrer, lorsqu’il ouvrit la porte, une odeur de renfermé émana de cette pièce qui n’avait sans aucun doute pas respiré d’air pur depuis ces deux dernières années.  À peine avait-il entamé la rampe d’accès, qu’il enclencha le frein de son fauteuil roulant, afin d’appuyer sur l’interrupteur de la lumière situé près de l’entrée.  Arrivé au bas de la pente, Gabriel scruta la salle, les murs bleu ciel semblaient avoir perdus tout son éclat, à cause de ces planches de cartons qu’Océane avait scotché sur les vitrages qui font le haut de la paroi gauche de la pièce, la plongeant dans l’obscurité pendant tout ce temps. Au fond, il y avait de vieux meubles poussiéreux, au centre une table de dessins et sur la droite, un lit-bateau était placé latéralement au mur.

Charlène apportant une couverture et des draps, du haut de la rampe, observait son petit ami qui semblait voir cet endroit pour la première fois. Elle s’approcha tout doucement de lui, posant sa main sur son épaule, lui demanda d’une voix douce :

  • Ça va aller ?
  • Je pensais pas que ça me toucherais autant de revenir ici… Mais je sais maintenant à qu’elle point c’était important pour moi… Je me souviens de chaque moment que j’ai passé avec lui ici… Toutes ces heures que j’ai passé à le regarder peindre… Tous les fous rires qu’on a eu ensemble…Toutes ces après-midi où j’ai dormis dans ce lit parce que je ne voulais pas me sentir loin de lui pendant ces temps-là… Je ne sais pas pourquoi je me suis toujours sentit aussi proche de lui… Tellement j’étais proche de lui je pensais pouvoir décoder tous ces sentiments qu’il voulait absolument me cacher…

Une larme coula sur sa joue, Il s’interrompit quelques secondes, avala sa salive et repris :

  • Mais quand il est parti… J’ai compris qu’il y avait tant de chose qu’il avait réussi à me cacher… Sinon, j’aurais pu le retenir…

  Après avoir prononcé ces derniers mots, il fondit en sanglot. Charlène triste de voir son petit copain dans cet état, était au bord des larmes, se mettant assise sur l’accoudoir de son fauteuil roulant, le pris dans ses bras, en lui susurrant :      

  • Tu ne peux pas te rendre responsable du départ de ton père… Il a fait ce qui pensait le mieux à faire pour lui… Dit-toi que même si tu avais été au courant… Tu n’aurais peut-être quand même pas pu le retenir…

Gabriel acquiesça d’un hochement de tête, et elle reprit :

  • Mais maintenant il y a une chose que tu peux faire… C’est le retrouver… Et je suis sûr que ça vous fera du bien à tous les deux… Et si tu n’as pas compris pourquoi il est parti, tu pourras toujours lui demander, non ?                             
  • Ouais.

Il s’écarta d’elle, l’embrassa comme pour la remercier de l’avoir consolé. La jeune métisse lui sécha ses larmes, se leva et se mit à lui faire son lit en s’exclamant :

  • En tous cas il est magnifique cet atelier.

Le garçon la fixa en gardant le silence, ce qui attira son intention :

  • Pourquoi tu me regarde comme ça ?
  • J’étais en train de me dire que je t’ai parlé de ma vie… Que tu t’intéresses à moi et ça me fait plaisirs… Mais en fait tu ne m’a jamais parler de ta vie… En fait je ne sais…

La jeune fille lui coupa la parole en continuant à faire le lit :

  • Je n’aime pas parler de moi, désolé.
  • Attend, ça veut dire que tu ne me diras jamais rien de toi ? S’écria t-il.
  • Je ne préfère pas.
  • Pourquoi !?! Tu m'fais pas confiance ?
  • C’est pas ça…
  • Alors dis-moi !?!
  • Je ne veux pas… C’est tout !
  • Pourquoi tu réagis comme ça !?!... Je te rappel que je voulais pas te parler de la mienne au début et je l’ai comme même fait ! Exprima-t-il d’un air peiné.

Il y eut quelques secondes de silence, elle finit de mettre la couverture, puis se retourna les yeux mouillés, face à lui, en déclarant calmement :

  • Je suis désolé…  Je ne suis pas prête à le faire, c’est tout… Je le ferais mais… Laisse-moi le temps, s’il te plaît.
  • Ok… Pas de problème… Excuse-moi d’avoir réagi comme ça… Je pensais vraiment que c’était par rapport à moi.

Charlène s’approcha du jeune métis et tout en s’accroupissant devant lui, s’exclama de sa voix la plus douce :

  • Non, amour…  Je te fais confiance… Ne t’inquiète pas… Mais j’ai besoin d’attendre le bon moment… Comme tu la fait pour toi.
  • Tu crois que tu pourrais au moins me dire des choses sans importance, du genre… Si t’a des frères et sœurs ? Demanda-t-il avec tact.
  • Ouais ça… Pas de problème…  J’ai trois sœurs et trois frères.
  • Ils ont quels âges ?
  • Ma grande sœur, Sonia… à dix neuf ans… Sébastien à dix huit ans… Amandine à seize ans… Miguel à dix ans… Mathieu à huit ans et Héloïse à cinq ans. 
  • Ouah ! ça va t’as une grande famille.
  • Ouais ! On s’ennuient pas à la maison. Dit-elle avec un grand sourire.
  • Et tes parents… Ils font quoi dans la vie ?
  • Mon père est routier international et ma… Mère est femme de ménage… Et je crois qu’on va en rester là pour les questions Mr l’inspecteur.
  • Pas de problème. Répondit-il avec un petit rire.

Tout à coup, la voix d’Océane qui provenait de l’extérieure les interpellèrent :

  • Le repas est près !
  • On arrive ! S’écria Charlène.
  • Tu manges ici ? S’étonna-t-il ahuri.
  • Oui… Ta mère m’a invitée. Déclara-t-elle en rigolant à moitié.
  • Et tes parents t’ont dit oui, malgré que tu aies sécher les cours ?
  • Je me suis arrangé. L’informa-t-elle.

                                                                                  

Le dîner s’était passé dans la bonne humeur et Charlène était rentrée tout de suite après. Pourtant Gabriel n’avait pas arrêter de penser au faite que sa petite amie n’avait pas voulus lui en dire d’avantage sur sa vie, au milieu du jardin en train de fumer une cigarette, il réfléchissait à cet événement qui lui faisait se poser beaucoup de question à son sujet : « Je me demande bien ce que peut vivre Charlène pour qu’elle en arrive là… Dommage que je n’ai pas son sens de la déduction… Mais de toute façon elle ne montre rien… Elle se dévoue à moi, sans compter…  ça ne l’a gêne pas que l’on se préoccupe pas de sa vie… Bien au contraire… Et le pire c’est que je ne l’avais pas remarqué jusqu’aujourd’hui… Il faut absolument qu’elle arrive à se confier à moi… Parce qu’il doit forcément il y avoir quelque chose de douloureux pour elle, dans son passé ou même dans sa vie actuelle … Et je pense que je suis d’une bonne écoute… J’ai été le confident de Bilal pendant des années… Je ne la jugerais pas… Et puis je suis son petit ami, on devrait pas avoir de secret l’un pour l’autre… Mais je sais aussi qu’il peut il y avoir des choses… Que l’on ne peut confier à personne… Je suis bien placer pour le savoir. »

 

 Cette nuit Gabriel avait eu du mal à trouver le sommeil, par rapport à plusieurs raisons. Pour commencer, il n’avait pas l’habitude de dormir sur le dos, mais il n’avait pas le choix aux vues de ces deux plâtres aux jambes, ensuite il ne s’était pas encore accommodé à sa nouvelle chambre et pour finir, son esprit était tourmenté par tout ce qu’il se passait en ce moment dans sa vie. De ce fait, pour la première fois depuis longtemps, il avait fait la grâce matinée. Quand il se rendit dans la salle à manger pour prendre son petit déjeuner, sa sœur et sa mère prenait leur repas de midi. En le voyant arriver à cette heure tardive, Océane ne put s’empêcher de le taquiner :

  • Bonjour mon chéri… Alors, on a fait un bon gros dodo ? Demanda-t-elle avec humour avant de se lever pour lui préparer son petit déjeuner.

Jouant dans son jeu, le garçon répondit en imitant la voix d’un petit enfant :

  • Oui, maman… Et j’ai même pas fait pipi au lit.
  • Ch’uis sûr que c’est pas vrai. Déclara Déborah en continuant la comédie.
  • Si tu l’dis ch’te cause « pu ».

Cette dernière phrase les fit tous rigoler. C’est dans cette bonne ambiance, qu’ils passèrent ce moment ensemble, comme si les problèmes qu’avait eu le jeune métis ces derniers temps, avait chassé le mauvais climat familial qui régnait depuis tant d’années. Pourtant, les secrets de chacun, ne pouvaient pas pour autant être dévoilé à cet instant et certain de ceux-ci d’ailleurs, devait absolument rester caché ; Car l’atmosphère libéré qui s’installait, était relativement artificiel. C’est à cela que pensait Gabriel quand il réalisa que l’un des sien, sûrement l’un des plus dangereux, était menacé : « Comment je vais faire pour les tableaux de mon père !?!... Ma mère ne va pas descendre mes affaires… Mais comment on va pouvoir faire pour les descendre jusqu’à l’atelier sans qu’elle les voie !?!… On pourrait aussi les laisser dedans… Mais dans ce cas faudrait que Deb’ refuse de reprendre ma chambre… Ce qui m’étonnerais vraiment parce qu’elle plus grande… Il faut absolument que je trouve une solution. » Malgré son raisonnement, le jeune homme ne put s’empêcher de lui poser la question avant qu’elle ne part à l’école et qui sans grande surprise avait hâte d’avoir dans la chambre de son grand frère.                 

 

Dans l’après-midi, Gabriel se retrouva tout seul dans la maison, Océane était partit voir son frère. Le jeune homme qui était retourné dans sa nouvelle chambre, essaya de fouiller dans les meubles qui avait des portes à sa portée, il se rendit compte que certains était fermés à clé. Déconcerté, le jeune homme ne put s’empêcher de tenter de les forcer, à l’aide d’un tournevis, il réussit à ouvrir l’un d’eux, il y trouva pas mal de toiles vierges, des pinceaux, de la peinture à l’huile, mais ce qui retint son intention était une dizaine de petit cahier. Lorsqu’il feuilleta brièvement l’un d’entre eux, il s’aperçu qu’il y était inscrit au crayon de papier, toutes sortes de pensé écrit par son père. Le garçon se mit à le lire dans sa globalité. Diego, au moment de ces écrits était plutôt jeune, il ne devait pas avoir plus de treize ans, libérant les rancœurs de sa jeunesse, il y exprimait la difficulté de vivre « écorché vif », mais aussi combien il se sentait coupable d’être né si différent de son père, la fâcheuse habitude de ses frères, sœurs, cousins et cousines de lui faire des coups tordus à tout va, ainsi que les pleurs de sa mère dans ses heures perdues. Le jeune andalou avait posé sa tristesse sur ces feuilles avec des mots d’enfants, simple, mais tellement touchant que Gabriel, aux files des pages, se sentait de plus en plus incapable de contenir son sentiment de commisération. Ces écrits n’était pas qu’une complainte, ni une biographie, quelques textes posait des questions existentielles sur l’incompréhension d’un genre de comportement que l’on catégorise comme humain. Le petit métis y retrouvait des interrogations qu’il s’était déjà poser lui-même, par ces similitudes, il se retrouvait de plus en plus dans les raisonnements de son paternelle, comme si elle avait fait partis de son héritage génétique. Le garçon commençait à comprendre à quel point la ressemble était flagrante entre eux ; Diego n’était pas violent cependant il ne s’était jamais laisser faire, avait un orgueil qui le poussait à vouloir être le seul à souffrir de ses malheurs et par conséquent a toujours souhaiter faire face à ses problèmes sans la moindre aide extérieures. Gabriel avait conscience que c’était toutes ses facettes de sa personnalité qu’ils avaient en commun, qui l’ont amené à être dans cette situation aujourd’hui, mais pour lui, sont-ils des défauts pour autant ? S’en serait-il mieux sorti en demandant de l’aide à quelqu’un ? S’il l’avait fait, se sentirait-il mieux à ce jour ? Retiendra-t-il quelques choses de positif de ses mésaventures ? S’il en faisait le choix quels avantages aurait-il de cultiver la ressemblance qu’il a avec son père ? Sinon, aura-t-il l’envie et le pouvoir de changer ?  

 

Quand arriva le week-end, le jeune métis qui n’avait pas encore revus Charlène, demanda à sa petite sœur de l’aider à nettoyer l’atelier, celle-ci accepta avec la motivation de pouvoir récupérer au plus vite la chambre de son grand frère. Tous deux avaient commencé par enlever les cartons qui obstruais l’entrée de la lumière dans cette pièce, ce qui ne fut pas une tâche facile, le bas des vitres étaient placer à environ un mètre cinquante du sol, Déborah qui avait le vertige, dû monter sur une échelle, cela fut une grande aventure pour elle, qui au bout du compte l’avait vécu comme un exploit de sa part, mais cette action qui pourrait tout de même paraitre anodine avait aussi permis à Gabriel de lui montrer qu’elle pouvait lui faire confiance en ces temps difficiles , car il tenait l’échelle comme il le pouvait tout en la rassurant. Lorsque se fut finit, ils se mirent à dépoussiérer les meubles puis la petite, passèrent le balai. Ce grand ménage les avait rapprochés, parce que tout c’était fait dans le rire et la bonne humeur. Installer à la table qui se trouvait dans le jardin, en train de siroter un thé glacé, ils virent l’apparition tant espérer de Charlène, ce qui provoqua chez Déborah une réaction violente :

  • C’est plus la peine de venir on a plus besoin de toi !
  • Ch’uis désolé… Je n’ai pas pu venir avant.

Les yeux plissés, le regard sévère, le jeune homme dit à sa petite sœur :

  • Eh ! Charlène n’était pas obligée de venir.
  • Vu qu’c’est ta petite copine, elle aurait dû être là en première ! Répliqua la petite blonde.
  • Arrête ! Elle a une vie, elle aussi !
  • Peut-être… Mais elle aurait dû venir avant pour nous aider ! Maintenant y’a plus rien à faire.
  • Si!… Y’a mes affaires à descendre, et pis comme je t’ai dit elle n’était pas obligée de venir.

La petite fille se leva d’un bond, en déclarant :

  • De toutes façons, maintenant que t’es viré du collège et quand plus t’es en fauteuil, tu vas plus la voir souvent… TA PETITE COPINE !

Et s’en alla en lançant un regard ténébreux à la jeune métisse qui n’avait pas l’air de comprendre sa réaction. Gabriel gêner déclara :

  • Je suis désolé… Je sais pas ce qui lui prend.
  • Je t’avouerais que je ne sais pas ce que je lui ai fait.
  • Moi non plus.

Charlène s’avança, embrassa son amoureux pour lui dire bonjour et s’asseyant sur une chaise à côté de lui, demanda :

  • Appart ça tu vas bien ?
  • Ouais ça va… Et toi les cours ça s’est bien passé ?
  • Ouais… Et j’ai vu Mathilde.
  • Et ?
  • Elle est venue s’excuser.

Le jeune homme s’étonna :

  • Quoi !?!
  • Ouais, j’étais en train de parler avec une copine et… Elle arriver, m’a pris appart et m'a fait des excuses.
  • Ah bon ! Et tu les à accepter.
  • Ben ouais, qu’est-ce que tu voulais que je lui dise ?
  • Rien… Mais méfie-toi quand même… Tu sais pas ce qu’elle peut avoir derrière la tête.
  • T’a peut-être raison mais en même temps… Appart ce que tu sais, on s’est toujours bien entendu.
  • Hum.
  • Qu’est-ce qu’il y a t’es sceptique ?
  • Un peu… J’veux pas qu’elle te fasse de mal.
  • Ne t’inquiète pas… Ch’uis une grande fille maintenant. Dit-elle un petit sourire aux lèvres.

Lui fit bisous puis reprit :

  • Alors on le fait ce déménagement ?
  • Ben si tu t’sens.
  • Ouais. S’exclama-t-elle gaiement.
  • Par contre il y a un truc qu’il faut que je te dise.
  • Vas-y.
  • Les portes du bas du grand meuble de ma chambre n’essayent pas de les ouvrir… Il est fermé à clé exprès.
  • Pourquoi ?
  • Il y a des choses dedans que ma mère ne doit pas voir.
  • Et qu’est-ce qu’il y a dedans ? Dit-elle intriguée.
  • Laisse tomber, j’préfère pas en parler.
  • Et ta sœur ne le fera pas ?
  • Ben vu ce qui vient de se passer…Je sais pas si elle nous aidera.
  • C’est pas contre toi qu’elle en a.
  • Ben si elle vient à nous aider… T’auras cas lui préparer des affaires… Comme ça, elle n’aura qu’à me les descendre.
  • Alors il faudra que ce soit toi qui lui dises de faire comme ça… Parce que je pense que si c’est moi, elle fera tout le contraire.
  • Je lui dirais.
  • Ok… Alors, on s’y met.
  • Ok… Mais si elle s’y met aussi quand même tu lui dis de descendre me voir avant, ok ?
  • Pas d’problème.

Quelques minutes plus tard, alors que le garçon inquiet de la tournure que pouvait prendre les événements, et attendant dans sa chambre les premiers voyage, il fut surpris dans ces pensées par sa petite sœur qui venait aux nouvelles :

  • Gabi…Tu voulais me dire quelque chose ?
  • Oui… Approche Deb’… J’ai quelque chose de super important à te demander.

La petite fille s’exécuta :

  • Qu’est-ce que c’est ?
  • En fait, voilà… Tu vois le grand meuble qu’il y a dans ma chambre.
  • Oui.
  • Et ben… Dans les portes du bas… Il y a quelque chose que maman ne doit pas voir.
  • Pourquoi !?! S’étonna-t-elle.
  • Ben elle serait très furieuse si elle les voyait.
  • Et c’est quoi ?
  • Je peux pas t’en parler pour le moment.
  • Pourquoi ?
  • Parce que…

Deborah fit de gros yeux à Gabriel, ce qui le découragea à trouver une excuse :

  • Bon d’accord je te le dis, mais il faut que tu me promettes de garder le secret, ok ?
  • Je te promets. Dit-elle pour le convaincre.
  • C’est des peintures que papa à laisser avant de partir et que j’ai voulu garder.
  • Je croyais que maman les avaient toutes brûlées !
  • Oui, mais j’ai réussi à en récupérer quelques-unes.
  • Et comment tu vas faire pour les descendre ?
  • Je sais pas enc…

L’enfant réitéra son regard menaçant, ce qui convaincu son frère :

  • D’accord tu pourras t’en occuper.
  • Ah ! Quand même… J’ai cru que tu ne penserais jamais à moi.
  • Ta raison p’tite sœur… Comment je pourrais ne pas te faire confiance.

Avant de reprendre :

  • Par contre j’ai dit à Charlène de te préparer mes affaires à descendre… Comme ça, maman sera rassuré… Si elle voit que Charlène ne pense pas à regarder en bas du placard… Alors que si c’est toi qui est en train de rassembler mes affaires… Elle va trouver ça bizarre que tu n’essaie pas d‘ouvrir ces portes.
  • Pourquoi ?
  • Parce que j’ai fait croire à maman que je ne sais pas où est la clé… Et du coup elle croit que c’est papa qu’il l’a embarquée pour l’embêter… Et comme elle ne voudra pas prendre le risque de devoir raconter à Charlène son histoire avec papa… Elle fera aussi semblant de ne pas y penser… Mais si c’est toi qui fais semblant de ne pas y penser… Alors qu’elle croit que tu n’es pas au courant de cette histoire de clé… Elle va se douter de quelques choses et elle voudra absolument l’ouvrir pour voir ce qu’il y a dedans…  Et comme on sait tous que Charlène est moins maline que toi… ça paraîtra plus logique qu‘elle, elle n‘y pense pas. Finit-il, histoire de la flatter un peu.

 Sentant que son frère préférait tout simplement faire confiance à Charlène, elle répliqua :

  • Je sais que c‘est une excuse que tu viens de trouver, parce que tu fais plus confiance à elle qu‘à moi… Mais je suis d’accord sur le dernier point je suis plus maline qu’elle…Ça c’est sûr… Il y a aucun doute sur ça… Mais si toi t’en étais si sûr… T’aurais eu confiance en moi pour raconter un mensonge à maman pour qu’elle ne s’acharne pas à vouloir l’ouvrir à tout prix

En lui ouvrant les bras pour l’enlacer, il s’exclama :   

  • Oh! Excuse-moi p’tite sœur de ne pas avoir pensé à ça….

Voulant lui faire comprendre que ça ne suffirait pas à chasser sa contrariété, elle se blottit contre lui avec nonchalance, dès qu’elle eut posé sa tête sur l’épaule de Gabriel, il lui susurra :

  • Excuse-moi d’avoir pas vu que tu grandissais… Et qu’il y a des choses que je peux te confier maintenant… Mais pour moi t’es toujours ma bébé… Et je veux te protéger… Parce que je veux pas que tu t’tracasse pour des trucs comme ça… Et pis t’inquiète pas… Il n’y aura jamais une fille qui sera plus importante que toi au fond d’mon cœur.

La jeune fille eut une expression de bonheur sur son visage, quand ils eurent fini leur étreinte. Mais elle la rechangea aussitôt pour son masque de petite boudeuse, afin de lui montrer que ce n‘était pas la véritable raison de sa crise de tout à l‘heure.

  • Ch’uis pas jalouse…

Puis en tournant les talons, finit par :

  • J’ai seulement l’impression qu’elle va te rendre triste et moi ça … Je veux pas.

 

Le déménagement fut rapidement fait, comme prévus, Océane s’occupa des vêtements, Charlène rassembla les affaires personnelles du jeune homme pendant que Déborah les descendait, du fait il n’y eut aucun problème concernant sa cachette.

Gabriel était en train de ranger ces affaires dans l’atelier, quand Charlène descendit le rejoindre. Celle-ci entra dans la salle et lui demanda :

  • Tu veux un coup de main ?

Dos à elle, il se retourna à moitié en répondant :

  • Non, ça va aller.

La jeune métisse s’avança et s’asseyant sur une chaise près de la table de dessins, en s’exclamant :

  • Pff ! Ch’uis crever !
  • T’a fait quoi avant d’venir ?
  • J’ai dû garder Miguel, Mathieu et Héloïse.
  • Alors j’imagine. Dit-il se tournant face à elle.
  • Ouais… J’ai dû le faire parce que mes parents devaient aller faire les courses parce que mes grands-parents viennent manger à la maison ce soir.
  • Ah ouais, alors tu va pas pouvoir rester longtemps ?
  • T’a tout compris !
  • Et ce soir ?
  • Ça m’étonnerait que j’puisse sortir !
  • C’est pas grave.
  • Je passerais demain matin…
  • Ça m’arrangerait… Parce que j’aimerais bien que tu m’emmène en ville, pour m’acheter des clopes, si tu t’sens. 
  • Pas d’problème… D’ailleurs en parlant de fumer.

Charlène ouvrit son sac à bandoulière, en sortit un petit sachet en tissus et lui tendit en déclarant :

  • Bull m’a donné ça pour toi.

Le garçon l’ouvrit, sentit l’herbe qui ci-trouvait et rétorqua :

  • Ce n’est pas Bull qui t’a donné ça.
  • Non… C’est Mathilde. Avoua-t-elle d’un air gêner.
  • Alors pourquoi tu me mens ?
  • Attend ! Je n'voulais pas au début ! Plaida-t-elle.
  • Alors pourquoi tu l’as fait ?
  • Ça lui faisait tellement plaisir de pouvoir faire quelques choses pour toi !
  • Et c’est elle qui t’a demandé de me mentir où c’est toi qui t’est dit ça passera mieux comme ça !?! Lança-t-il avec dégoût.
  • C’est moi… Mais c’est parce que j’me suis dit que ça te ferait du bien de pouvoir te décontracter un peu et que si j’te disais que ça venait de Mathilde tu l’accepterais pas !
  • T’as raison, mais j’me demande bien pourquoi après ce qui c’est passé, tu acceptes de reparler avec elle sans te méfier de ses moindres intensions ?

Charlène baissa la tête, sans dire un mot, alors il la relança :

  • Qu’est-ce qui ne va pas ? S’étonna-t-il.
  • Elle ne va vraiment pas bien, depuis ce qui s’est passé.
  • Comment ça ?
  • Sa mère l’a retiré du collège… J’ai voulu en savoir plus…
  • Et ?
  • Je suis allé chez elle pour la voir… Sa mère me l‘a empêcher… Alors je commençais à repartir, quand Mathilde et sortit de chez elle en courant pour me rattraper… Quand j’ai vu le visage que je lui fais… ça m’as choqué…

Il s’avança, posa sa main sur la sienne en lui demandant d’une voix douce :

  • Il avait quoi son visage ?

La petite métisse releva la tête, des larmes coulant sur ces joues, elle lui raconta :

  • Elle a pleins de griffures sur le visage… Sans compter que je lui ai cassé l’nez… Elle m’a dit que ce n’était rien que sa mère lui payera de quoi lui faire enlever ces cicatrices et refaire son nez…Elle est en dépression… C’est pour ça qu’elle va plus en court…On pourrait croire qu’c’est simplement parce qu’elle a honte… Mais au fond d’elle… Je sais qu’elle est blessée… Et ça… Aucune chirurgie ne pourra l’réparer. 
  • Attends-tu ne l’a pas rendu handicapé n’ont plus ?
  • Tu ne peux pas comprendre… Je n’avais jamais levé la main sur quelqu’un avant… Et maintenant que j’ai vu ce que j’ai été capable de lui faire ça m’fais peur.
  • Oui, mais dit-toi qu’elle aurait pu te faire tout ça sans s’en vouloir… Et toi je n'pense pas que tes parents auraient eu les moyens de te payer de la chirurgie esthétique.
  • Ça c’est sûr. Confirma-t-elle.
  • Et puis Linda était dans quel état après qu’elle l’est défoncée ?
  • Elle n’était pas belle à voir non plus.
  • Alors ce qui lui arrive… Elle le mérite… Tôt ou tard on finit tous par tomber sur plus fort que soit… T’es pas d’accord ?  
  • Si, mais je n'suis pas une redresseuse de tort et pis… Elle est encore plus détruite intérieurement qu’à l’extérieur.
  • Tu l’as remis face à elle-même… C’est-ce qu’on appelle prendre une bonne leçon… ça lui servira… Et pis c’n'était pas ton objectif à la base d’accord… Mais vaut mieux que ça lui arrive maintenant que plus tard… Parce que ce n’est pas dit que si ça lui serait arrivé à trente ans sans être entourer par ses amis et sa famille… Elle s’en remettrait… Mais là c’est pas le cas… Et ça fait pas de toi une redresseuse de tort pour autant… Tu l’as fait pour nous et pas pour Linda, non ?   
  • Je sais plus.

Etonné par la réponse, Gabriel voulus en savoir plus :

  • Comment ça ?
  • Ben… Avant la bagarre… Je pensais le faire que pour nous… Mais pendant, je n’ai pas arrêté de penser à ce qu’elle lui avait fait et ça m’a encore plus mis la rage… C’est pour ça que j’ai eu du mal à m’calmer.
  • J’comprends… Mais ne t’en veux pas pour ça… Parce que c’est normal… T’a tellement été choqué parce qu’elle à fait à Linda que… Tu voulais qu’elle ressente ce qu’elle lui avait fait subir… J’vois pas pourquoi tu devrais t’en vouloir de ça.
  • Vu comme ça… T’a peut-être raison… Mais j’arrive pas à ne pas m’en vouloir.

Il la prit dans ces bras, en lui susurrant :

  • C’est normal… Sinon tu n'serais pas toi… T’es pas une méchante.
  • Tu sais en plus… Y’a plus personne qui ose venir me parler en cours… à part quelques-unes de mes copines… les autres… Me prennent tous pour une sauvage… Je crois que j’vais pas pouvoir supporter ça longtemps.
  • Laisse le temps passer ils vont oublier.

Elle s’écarta de lui, et dit :

  • Ch’ais pas… Avec eux… Taper pour un gars, c’est de virilité… Mais pour une fille, ça passe mal…
  • Et Mathilde, comment elle faisait ?
  • Je lui ai demandé mais… Elle, elle forçait les choses avec des phrases du genre…

La petite métisse se leva et en mimant un gangster s’exclama :

  • Moi tu m’jette !?!… C’est moi qu’t’essaye de ch’ter…

Le jeune homme se mit à rire, celle-ci continua sa comédie, tout en lui expliquant le fonctionnement :

  • Pis quand l’autre disait… Euh ! Je n’oserais pas… Elle disait un truc du genre… T’a intérêt ! … Parce qu’on m’jette pas moi… T’a compris… On m’jette pas.

La fille s’arrêta morte de rire en disant :

  • Attends-tu m’vois faire ça…
  • Pourquoi pas !?! Déclara-t-il tout en riant à moitié.
  • Quoi !?!… T’es sérieux là !?!… Tu m’vois vraiment faire ça ! S’exclama-t-elle en ce marrant.
  • Attends j’trouve que t’a les capacités… ça s’voit.

Quand ils eussent réussi à retrouver leurs sérieux, Gabriel reprit :

  • Franchement je n'sais pas comment tu peux faire… Mais ce que je sais c’est que pour l’instant ils ne doivent pas savoir réellement comment ça s’est passé… Ils doivent s’imaginer… Je sais pas combien d’truc… Et entendre et croire je sais pas combien d’rumeur… Mais quand la bonne version… Leur arrivera aux oreilles… ça s’estompera j’en suis sûr.
  • T’es sûr ? Insista-t-elle d’une petite voix, avec un air inquiet.
  • Ouais… Tu verras… Assura-t-il en la prenant dans ses bras.

En vérité Gabriel était aussi dans l’inquiétude : « En fait je suis sûr de rien… J’espère juste… J’espère juste qu’aucune banlieusarde ou autres clans «rebelle »… Ne vienne la tester… Ou pire la recruté… Pour la faire changer de camp… Comme certains l’on fait pour Bilal… Je ne supporterais plus ce genre de corruption… En plus… ça ne me toucherais pas de la même manière… C’est ça qui m’fait vraiment peur… Parc’que bientôt… Comme pour la première fois que ça m’a touché… Je serais encore partis.»   

La nuit était tombée depuis longtemps, Gabriel continua de parcourir le monde de son père à travers les pensées qu‘il avait écrite dans ces cahiers qu‘il avait laissés, il avait pour but de tous les lire, afin de comprendre qui il était réellement. Mais tout à coup, on frappa à la porte, le jeune homme surpris, s’écria :

  • Qui c’est ?
  • C’est Deborah, Ouvre-moi Gabi. Répondit-elle à voix basse.
  • Attend, j’arrive. Déclara-t-il en s’affairant a caché les écrits de son père dans un des meubles.

Dès que ce fut fait, il monta la rampe, afin d’ouvrir la porte fermer à double tour. La petite entra avec dans ces bras les peintures de Diego qu’elle avait promis de descendre pour lui. Les posant sur le lit, elle déclara :

  • Je les ai pas regardés… Je peux ?
  • Vas-y.

Elle dégagea la première de son emballage, celle-ci représentait un paysage assez sombre, la vue venait du haut d’une falaise, se tournait vers une mer et un ciel gris, cependant ce qui donnait de la lumière à ce tableau, c’était des rayons de soleil qui semblaient traverser les épais nuages humides qui couvrait cet horizon pesant. Les yeux de l’enfant s’ouvraient en grand face à cette œuvre, comme-ci elle voulait tout en voir d’un coup d’œil. Après l’avoir remballé, Deborah s’attaqua à la seconde, qui mettait en scène un ange avec un bébé dans ces bras, l’homme dessiné avait des cheveux blonds qui lui tombait sur les épaules, avait la peau mate et de magnifique yeux bleus, mais ce qui frappais dès la première impression, était l’amour qui émanait du visage du personnage pour le poupon qu’il portait avec la tendresse d’un père aimant pour son enfant. La fille eut les yeux humides après les avoir posés sur cette œuvre. Lorsque qu’elle regarda la troisième toile qui était celle où l’ange qui était dessiner ressemblait étrangement à Mathilde, la gamine se sentit consolée de la précédente, c’était en tout cas ce qu’avait pensé son grand frère à cet instant, en observant ces réactions avec intention, et s’était dit « Elle les a regardées dans le bon ordre. » Le garçon qui voulait en savoir plus sur le ressentit de sa petite sœur le lui demanda :

  • Alors qu’est-ce que ça t’a fait de les voir ?
  • Ça me permet de savoir quelque chose de papa… Parce que je ne l’ai pas vraiment connu… D’ailleurs je te connais pas beaucoup plus que lui. Insinua-t-elle.
  • Qu’est-ce que tu veux dire par là ? S’étonna-t-il.

La petite fille s’assit sur la seule chaise de la chambre, à la table de dessins, face à Gabriel, en argumentant sa déclaration :

  • Quand papa habitait encore ici… Quand t’étais pas à l’école, t’étais avec lui… Alors j’pouvais que te regarder sans plus… T’a jamais voulu jouer avec moi… Tu me parlais jamais …

Déborah laissa s’échapper une larme, avala sa salive, avant de reprendre :

  • La seule chose que tu faisais qui montrait que tu m’voyais quand même… C’est que tu m’faisait un bisou le matin avant de partir à l’école et un le soir avant d’aller dormir… Sinon tu me parlais jamais… Et quand papa est partis… C’était pire, tu m’évitais comme maman.

Après cette dernière phrase, elle ne put s’empêcher de pleurer. Dépité par ces révélations, ahuri face au profond chagrin de sa petite sœur, le jeune homme balbutia :

  • C’est… Non… T’es… Mais je t’ai toujours aimé… J’ai pas pu faire ça, t’est ma p’tite sœur… T’es sûr ? … Jamais avant ?
  • Ja… Jamais. Dit-elle entre deux sanglots.

Le garçon chercha au fin fond de sa mémoire, et réalisa qu’elle disait vrai, aussi loin qu’il pouvait se souvenir, il ne trouva aucun moment réellement passé avec elle, c’est comme-ci Deborah avait toujours fait partit des décors. Le petit métis l’avait aimé dès le premier jour, mais ne lui avait jamais vraiment montré : « Comment j’ai pu faire ça, c’est horrible ! … Non ! Ma p’tite sœur… Qu’est-ce que je t’ai fait ? … Si encore j’avais toujours eu quelque chose contre toi j’aurais pu comprendre…. Mais là, non… Et comment j’ai fait pour ne pas avoir remarqué… Que je ne passais pas un moment avec elle… Tous les frères qui aiment leur p’tite sœur… Essais de passer des moments avec elle… Moi j’étais toujours parqué dans l’atelier de mon père… Et quand il est parti je restais constamment dans ma chambre, quand j’étais à la maison… Interdisant ma sœur d’y rentrer… Quel frère je suis !?!… Et comment a-t-il pu faire ça ? … Lui… Pas passé un p’tit moment avec sa fille… Mais quelle famille ont est !?!… A en croire ma sœur… C’est vrai que j’connaissais pas beaucoup ma mère avant il y a peu temps… Et encore c’est pas fameux… Qui j’étais au départ de mon père ?… Un étranger !?!… Pourquoi je m’en aperçois que maintenant ? … Et qu’est-ce qu’il s’est passé pour qu’on en arrive là ? » La peine de Deborah était si forte, qu’il ne put s’empêcher de craquer lui aussi, avant de venir la serrer plus fort qu’il ne l’avait jamais fait pour personne. Une question lui revenait sans cesse en tête : « Comment une famille peut en arriver à se briser comme ça ? ». Avant que Deborah ne retourne dans sa chambre, il ne put trouver une excuse à ce qu’il avait, mais promit à l’avenir de faire plus attention à elle.

 

Dans la nuit, Gabriel avait réfléchi à toutes les questions qu’il se posait sur les problèmes qu’avait eu sa famille, ne pouvant trouver de réponse seule, il se dit qu’il fallait absolument qu’au moins l’un de ses parents veuille lui apporter sa version des faits. Sa mère étant trop à vif depuis bien longtemps, c’était risquer de lui demander, cela risquait de casser cette bonne ambiance qui régnait et ça il ne le voulait pas. Il ne lui restait qu’une chose à faire trouver une solution pour quand même aller à la rencontre de son père.

Avant que Charlène ne vienne le chercher comme s’était prévus, le jeune homme se retira avec sa petite sœur dans le jardin afin de discuter, essayant tant bien que mal de se raconter toutes les choses qu’il avait vécu et dont il n’avait jamais parlé ensemble. Ils se parlèrent de leurs amis, de leurs malheurs, de leurs joies, de leurs fou rire, mais surtout de comment ils avaient vécu chacun de leurs côté le départ de leur père. L’un l’avait vécu comme un abandon, l’autre ne s’était jamais senti son enfant, lui n’imaginait pas sa vie sans papa, elle l‘appréhendait pour son frère. Il lui raconta aussi les problèmes qu’il a eu avec Bilal et celui qui l’a amené à lever la main sur Fabrice, le C.P.E et le principal de son collège.

Lorsque la petite métisse fit son apparition, le regard du garçon se tourna vers Déborah qui fit se dont elle avait promis de faire :

  • Bonjour Charlène… Euh… Je voudrais m’excuser pour ce je t’ai fait hier… Même si je préfère ne pas t’en parler… Je voudrais que tu sache que j’avais mes raisons… Mais que je n’avais pas à te faire ça… Alors excuse-moi.
  • Y’a pas de soucis… ça arrive…

Et en montrant son petit ami de ses yeux brillant, souriant en même temps, elle finit sa phrase par :

  • Si tu n’avais pas de caractère… Tu serais indigne d’être sa petite sœur.
  • T’a raison. Confirma la petite blonde, avant de se lever, et de les laisser seul.

La jeune adolescente s’avança vers Gabriel lui fit un baiser, en déclarant :

  • Tu es un bon grand frère, dis-moi.
  • Non, c’est elle qui est une parfaite petite sœur.
  • Et part ça, tu vas bien ?
  • Ça peut aller… Et toi ?
  • Ouais… ça va mieux qui hier en tout cas.
  • Alors ça va… ça te gêne si on y va maintenant, j’en ai marre de rester enfermer ici.
  • Ok, si tu veux. 
Gabriel ange déchu (épisode 8)

Charlène l’emmena tout d’abord au bureau de tabac comme c‘était convenu, puis au retour la petite métisse proposa de faire un tour au jardin publique, histoire de se changer les idées. Ce lieu était magnifique, les chemins étaient tracés en sable, il y avait pas mal de pelouse, des plants était remplies de fleur de différentes couleurs, ainsi que des arbres de plusieurs variétés y prenait vie, même si sa nature donnait la priorité aux pinèdes. Ils en parcoururent une partie, et elle lui demanda de s’arrêter près d’un banc, pour profiter de cet environnement calme de toute beauté. Tout à coup, Gabriel qui roulait un joint d‘herbe, fut surpris de voir s’approcher au loin, Mathilde qui elle n’avait pas l’air de l’être. Le garçon se retourna face à sa petite amie qui avait le regard tremblant, comprenant que cela était prévu, il s’exclama :

  • Attends ! … Qu’est-ce que cette embrouille ?
  • S’il te plaît, ne la repousse pas… écoute seulement ce qu’elle l’a à te dire.

La brunette arrivée à leur hauteur, fit la bise à sa copine, regarda Gabriel qui avait bloqué avec intensité sur l’état du visage de celle-ci. Comme lui avait expliqué sa petite amie, sur sa figure une multitude de traces de griffures croutés qui s’étendaient sur toutes la largeur, elle avait aussi plusieurs bleus, un œil au beurre noir et un plâtre posé sur le nez. Le jeune homme au bout de quelques secondes, s’adressa à elle en ces termes :

  • Ben ma pauvre… Elle t’as pas loupée.
  • Fabrice non plus, ne t’a pas loupé. Rétorqua-t-elle avec impulsivité.
  • T’a raison. Confirma-t-il un sourire en coin.

Et ajouta agressivement :

  • Qu’est que t’a à m’dire !?!
  •  Tu crois qu’on peut parler seul à seul ?
  • Pourquoi…

Avant qu’il n’ait pu finir sa phrase, Charlène lui coupa la parole :

  • J’vous laisse. Déclara-t-elle, en s’en allant d‘un pas rapide, sans donner d’explication, ni embrasser son amoureux.
  • Qu’est-ce que tu fait, là ? … Reste là, putain ! … Oh ! Revient. S’écria-t-il, mais elle ne se retourna même pas et traça son chemin. 

Cette mise en scène avait le don d’énerver le jeune métis, qui commençait à sentir le coup foireux. Il ne se sentait pas d’écouter ce qu’avait à lui dire Mathilde, mais en même temps, il voulait savoir pourquoi elles faisaient tout ce cinéma et ce qui poussait sa petite amie à ne pas participer à cette conversation. Allumant son pétard, l’expression de sa face remplit de colère, ne lâchant pas du regard Charlène qui s‘éloignait peu à peu, il lança de vive voix :

  • Bon ! C’est quoi c’te merde ! … Qu’est-ce que t’a m’dire !?!

La jeune adolescente qui s’était assise sur le banc près de lui, tenta de le calmer :

  • Arrête de t’énerve s’te plaît… Et laisse-moi t’expliquer.
  • Vas-y, dit-moi c’qui passe avant que j’m’énerve vraiment ! Aboya-t-il.

Stresser par la situation, Mathilde souffla un coup, et déclara :

  • Elle savait pas comment te le dire…
  • Me dire quoi !?!… S’étonna-t-il une larme coulant sur ces joues, commençant à comprendre ce qui se passait.
  • Charlène t’aime mais… Elle n’arrive pas à assumer votre relation…
  • À « Assumer » notre relation !?! C’est quoi ces conneries !?!
  • Ben… Tu sais elle vit des choses pas faciles en ce moment…
  • Attends et moi alors… En plus, j’lui ai demandé de m’en parler ! Elle n’a pas voulu !
  • Justement elle ne voulait pas te rajouter les siens par-dessus…
  • Et toi… T‘a des problèmes aussi ! … Elle t’en à parler, non ?
  • Attends, mais…
  • Réponds-moi ! … Elle t’en à parler !?! Insista-t-il la voix enroué par la peine et la rage.
  • Oui, mais…
  • Attends ! Y’a pas un problème, là ! … Vous vous êtes embrouillées… Elle ose t’en parler… Et moi qui était soit disant son p’tit copain, elle à rien voulut me dire !
  • Eh ! J’y suis pour rien, moi !
  • J’en suis pas si sûr… D’ailleurs ch’uis sûr qu’elle me quitte à cause de toi !

Gabriel en pleure, avala sa salive et ajouta :

  • D’ailleurs pourquoi c’est toi qui viens me l’dire !?!… Tu voulais prendre ton pied à m’voir en chialer, c’est ça !?!… Tu voulais te venger du fait que j’t’ai pas choisie !?!… T’es contente, t’a eu c’que tu voulais !?! Alors vas-y casse-toi maintenant !
  • Putain, t’es vraiment trop con comme mec ! C‘est elle qui est venue me voir ch‘te rappelle… Et c’est aussi elle qui voulait que j’vienne pour te le dire… Moi je n’voulais pas au début !!!… Et pis, tu t’en prends à moi parc’ que tu t’es planté… Mais rappelle-toi bien, j’t’avais prévenus qu’elle ne serait pas assez forte pour sortir avec toi… En sachant tous les problèmes que t’a ! … Maintenant qu’elle te lâche t’ai surpris ! … Mais t’as cas t’en prendre qu’à toi-même mon pauvre !!! Hurla-t-elle avant de partir, en pleurant à chaude larme.
  • T’as raison, casse-toi sale conne ! … T’as pas d’face d’oser venir me dire qu’elle me lâche, après ce qui s’est passé ! Cria-t-il en craquant de plus belle.

Gabriel resta un moment à cet endroit, abattu, pleurant, hochant la tête de droite, ne comprenant pas ce malheur qui lui tombait dessus : « Pourquoi elle m’a fait ça !?!… Qu’est-ce que je lui ai fait pour qu’elle me fasse ça !?!… En plus demander à Mathilde de venir me dire ça !?!… C’est pire que lâche ! … C’est une trahison ! … J’avais confiance en elle qu’en elle me disait qu’elle ne me laisserait jamais tomber ! …. Ch’peux pas y croire… Qu’est-ce qui a pu lui faire changer d’avis, putain !?!… Et moi ! … Comment j’ai fait pour ne pas voir arriver le truc !?!… J’y ai tellement cru ! »

Le jeune homme touché d’un excès de rage, partit à toutes vitesses en direction de chez lui, décuplant ces capacités et arriva à bout de force près de son domicile. Ça peine était si énorme qu’il ne pouvait la retenir, entre la tristesse et la colère sur tout le trajet du retour. Il s’arrêta la maison à côté de la sienne pour sécher ses larmes, ne voulant pas que sa famille voit qu’il avait pleuré en essayant de reprendre une apparence normale avant de passer le portail. Le garçon fut soulagé de n’avoir croisé personne quand il arriva sur le petit chemin caillouté qu’il le ramenait à sa chambre, mais à sa grande surprise sa sœur était à la table de jardin en train de dessiner, quand il la vue, son chagrin était si fort que sans le vouloir, il craqua de plus belle devant elle. Deborah n’avait semble-t-il pas besoin d’explication, elle, qui avait prédit la mésaventure. Arrivant vers lui, la jeune fille le serra dans ses bras. Gabriel lui chuchota :

  • Amène-moi, dans l’atelier… Je ne veux pas que maman me voie comme ça. Exprima-t-il entre deux sanglots.

Deborah exécuta. Lorsqu’ils furent à l’intérieur, la petite, assise sur une chaise face à son frère, demanda en s’attendant à la réponse :

  • C’est Charlène, elle t’a quitté ?
  • Ouais. Répondit-il désemparé.
  • J’te l’dis ou pas.
  • Non, ça va… J’peux m’en passer.
  • Comment elle te la dit ?
  • C’est même pas elle qui me la dit… C’est ça le pire.
  • Tu veux m’expliquer ?
  • Ouais si tu veux… Elle m’a amené jusqu’au jardin publique, pour soi-disant se balader et là, Mathilde qui nous attendait, est venue nous rejoindre… Sur le coup j’ai rien compris… Pis après, elle s’est barrée sans me donner d’explication… Et l’autre m’a dit qu’elle préférait en rester là.
  • Elle t’a dit pourquoi ?
  • Soi-disant qu’elle ne pouvait plus « assumer » notre relation.
  • Assumer !?!… Elle s’prend pour qui elle… De toute façon je te l’ai dis, je la sentais pas. Rappela-t-elle en hochant la tête de droite à gauche.
  • Comment tu t’en es doutée ?
  • Je n'sais pas… La première fois que je l’ai vraiment vu, c’était quand vous êtes revenu de l’hôpital… J’ai vu qui il y avait quelques choses de bizarre chez cette fille.
  • Oui, mais ça veut rien dire… L’avocate venait de lui dire que si elle voulait témoigner pour moi… Il fallait qu’elle ait l’accord d’un de ses parents.
  • Justement… Tu l’avais prévenue que ça serait dur d’être ta petite copine en ce moment par rapport à tes problèmes.
  • Ouais, c’est vrai… Mais Mathilde m’a dit qu’elle a pas la vie facile, elle non plus en ce moment… Alors j’peux comprendre que c’était trop compliqué de continuer.
  • Et elle, elle t’en a parlé ?
  • Non… Mais je lui ai demandé des choses sur sa vie… Mais elle a pas eut envie de m’en dire trop… J’m’en doutais bien que ça cachait quelque chose de difficile.
  • Ok… Mais ça n’excuse pas qu’elle n’a même pas voulu essayer de rester avec toi.
  • T’a raison… Maintenant j’ai besoin d’être un peux seul… Tu peux me laisser ?
  • Ouais. Dit-elle en se levant, s’approchant de Gabriel pour le prendre dans ses bras, en ajoutant :
  • En tout cas… N’oublie pas que ch’uis là si t’a envie d’parler, p’tit frère.
  • Eh ! N’en profite pas pour échanger les rôles. Rétorqua-t-il vivement en s’écartant d’elle.

Deborah se mise debout et en se dirigeant vers la porte pour partir, ajouta :

  • T’inquiète, p’tit frère.
  • Tu ne perds rien pour attendre… Si j’avais mes jambes… Attend, je note, on règlera ça. S’écria-t-il en badinant.
  • Ok, on verra p’tit frère. Conclu-t-elle en refermant rapidement la porte derrière elle.

Le jeune métis avait passé la majeure partie de la journée dans sa chambre, à errer comme une âme en peine, il ne comprenait pas comment Charlène avait changé d’avis aussi vite et surtout n’avait-t-elle pas voulu le lui dire elle-même. Mais en même temps, il n’arrivait pas à ne pas lui en vouloir, sa rancœur était si forte qu’il ne s’imaginait pas pouvoir lui demander des explications, ce qui le poussait à ne plus rien vouloir savoir de cette histoire, car elle l’avait beaucoup trop déçu pour qu’il ait envie d‘entendre de sa propre voix ses véritables excuses. Sortit dans le jardin à la tombée de la nuit, cela faisait maintenant deux heures qu‘il s‘y trouvait, n’arrêtant pas de fumer du cannabis et était à cet instant vraiment « Stone ». Alors quand une personne arriva par le chemin caillouté, le jeune homme mit du temps à l’entendre, et en mit le double pour réaliser ce qui se passait. Gabriel se retourna tant bien que mal, vit qu’une ombre s’approchait de sa porte, s’y adressant assez fortement pour se faire entendre, mais relativement modérément pour ne pas réveiller sa mère et sa sœur, il s’exclama :

  • Il n’est pas là.

Le jeune homme qui se trouvait dans l’obscurité, n’était pas visible pour cette personne, qui demanda de sa féminine :

  • Gabriel, c’est toi ?

S’avançant vers elle tout en faisant en sorte de rester dans l‘ombre, il répondit :

  • Qui tu veux que ce soit ? … Et toi t’es qui ?
  • C’est Mathilde.
  • Qu’est-ce que tu veux ?
  • Je voudrais qu’on parle.
  • On a plus rien à se dire. Rétorqua-t-il sèchement.
  • Peut-être que toi, non… Mais moi j’aimerais te parler.

Le garçon s’approcha vers la jeune fille, jusqu’à ce qu’elle puisse l’apercevoir :

  • Alors ramène-moi à l’intérieur… Parce que vaut mieux ne pas rester dehors, pour causer.

Mathilde exécuta. Lorsqu’ils furent tous les deux dans sa chambre, Gabriel se plaça d’un côté de la table, et elle de l’autre assise sur la chaise. C’est lui qui brisa le silence, en roulant un énième joint, il l’interrogea :

  • Alors… Qu’est-ce que tu voulais me dire ?
  • Ben déjà… Je voulais te dire que je suis désolé de ce qui t’es arrivé avec Charlène… Mais je voulais aussi que tu sache que j’y suis absolument pour rien et que ça m’a fait de la peine de te voir souffrir… Pis aussi que ma mère m’a fait mettre un arrêt maladie pour cause de dépression par mon docteur alors… Si t’a besoin de parler à quelqu’un ch’uis là. Finit-elle avec sourire en coin, et un regard qui disait qu’elle ne voulait pas rentrer dans les détails en ce qui concerne l’initiative de sa mère.

Gabriel compris tout de suite le message, évita le sujet :

  • Ben, alors, donne-moi ton numéro, je verrais si j’ai besoin de m’en servir. Déclara-t-il en sortant une feuille blanche du tiroir d’un meuble et la tendis à son amie. Et repris pendant qu’elle commençait à l’écrire :
  • En faite, moi aussi, je tiens à m’excuser.
  • Pourquoi !?! S’étonna-t-elle en faisant glisser la page volante sur la table, jusqu’à lui.
  • Oui, parce que je m’en suis pris à toi alors que je savais que c’était vraiment son choix personnel… Pour tout te dire ma p’tite sœur m’avait prévenu et j‘ai pas voulu la croire… Mais en faite je m’en suis pris à toi parce que ça m’a fait vraiment mal et je savais pas à qui en vouloir… Pis ça m’a fait chier déjà qu’elle me le dise pas elle-même… Mais en plus que j‘l‘apprenne par toi ça m’a achevé.
  • Tu sais j’ai jamais voulu que ça se passe comme ça… Mais j’aimerais te poser une question, je peux ?
  • Vas-y. Dit-il en allumant son pétard.
  • Pourquoi tu m’en veux ? Qu’est-ce que je t’ai fait au juste ? … Parce que tu savais bien que ça allait péter entre moi et elle ? Peu importe qui tu choisissais ?
  • Non, justement… On m’a dit le contraire.
  • Comment ça ?
  • Ben, j’ai pas l’habitude de me fier qu’aux opinions des autres… Mais on t’a tellement diabolisée en me parlant de ton histoire avec Linda que je s’en suis pratiquement venue à te haïr.

Mathilde qui avait hoché la tête de haut en bas, en signe de compréhension du moment où il avait cité Linda, voulant rétablir la vérité, mais avant ça, elle lui dit :

  • Écoute-moi, peu importe qui t‘as raconter… Dit-toi bien, que personne ne sait réellement toute la vérité sur cette histoire… Je veux bien te la raconter, mais il faut que tu me jure de la garder pour toi… C’est très important pour moi, juré ?
  • C’est juré. Assura-t-il la fixant dans les yeux, tout en lui passant le pétard.

La brunette tira une latte sur le joint, tapa la cendre dans le cendrier face à elle, souffla la fumée puis commença son récit :

  • Déjà ce qu’il faut que tu sache et que personne ne sait c’est que Linda est ma demi-sœur.
  • Sérieux ! Et t’a osé la fracasser pour un mec ?
  • Oui mais attend… En faite je l’ai connu, mes parents était encore marier… En faite, un jour sa mère à débarquer sur Dieulefit, apparemment mon père n’avait jamais su qu’elle était tombée enceinte de lui… Et un jour, elle à débarquer chez ma mère pour lui dire qu’elle avait eu sa fille avec mon père… ça s’est une chose… Mais tu ne vas pas être surpris si je te dis que Linda à mon âge… Mais si tu fais le calcule, et ben t’a compris l’topo ?
  • Ouais. Confirma-t-il.
  • Même si ma mère a pris un coup d’couteau à travers le cœur quand elle l’a appris… Elle à pardonner à mon père parce qu’elle l’aimait vraiment très fort… D’ailleurs moi aussi je lui ai pardonné sur le coup, même si ça m’a franchement dégoutée qu’il est trompé ma mère… En plus j’ai su par la suite que s’était pendant que ma mère était enceinte de moi, alors t‘imagine c‘que ça m‘a fait ? …

En prononça cette phrase, ces yeux s’humidifia tandis le garçon confirma qu’il comprenait bien la situation :

  • Ouais, j’imagine bien. Répondit-il avec un sentiment de commisération.
  • Mais bon… Disons que ce n’est pas une période qui n’est facile aussi pour un mec, sa femme est toujours mal, elle veut plus coucher, elle a des envies de bouffe, elle est ballonnée… Bref ce n’est pas une période qui rend une femme très désirable…
  • Attend c’est beau une femme enceinte, quand même. Contesta-t-il.
  • T’es mignon…On verra quand t’y s’ra. Affirma-t-elle un sourire en coin. 
  • On verra.
  • Attend je n’ai pas finis… Bon, à l’époque j’me suis dit « après tout c’est sa seule erreur » … Et je pensais qu’il aimait assez fort ma mère pour ne pas la refaire souffrir une deuxième fois… Moi, Linda je lui en voulais pas, elle n'avait pas choisi de naitre dans cette situation…Et puis, on à fait le pacte de faire comme-si de rien n’était au collège… ça se passait bien on s’entendait bien, y’avait pas de problème… Mon père la voyait de temps en temps… Y’avait pas de problème, je trouvais ça normal…Mais mon père à commencer à aller chez eux de plus en plus souvent, à y rester de plus en plus longtemps… Et Linda s’en vantais devant moi… Elle à commencer à me dire que mon père allait finir par quitter ma mère pour la sienne… Pis qu’ils avaient flirté, ainsi de suite jusqu‘à ce qu‘elle me dise qu‘ils ont recouché ensemble… Et moi je pouvais faire quoi ? … Si je disais ça à ma mère à ce moment-là, je l’aurais tuée… En sachant qu’en plus que c’te connasse avait commencé depuis un moment à me faire des coups de pute… Elle s’amusait à faire des conneries en faisant en sorte que ça m’ retombe sur le dos… Souvent j’étais punie d’sortie pendant qu’elle, allait s’éclater avec mes potes… Alors j’avais vraiment commencé à péter les plombs… Et je ne pouvais rien faire… Parce que quand je m’prenais la tête avec elle, mon père prenait sa défense… Et ma mère qui avait peur de le perdre ne bronchait pas… En plus au collège, ça faisait pas très longtemps qu’elle était arrivée qu’elle me piquait déjà mes potes, ils finissaient tous à ne voir que par elle… Narcissique comme pas possible, elle sortait avec tous les mecs qui lui plaisaient… Quasiment tout le collège ne parlait plus que d’elle… Alors que c’était moi, la fille que les garçons trouvaient la plus belle avant que c’te salope débarque ! …

Des larmes commencèrent à couler sur ces joues, Gabriel se mit près d’elle, lui prit la main pendant qu’elle continuait à lui raconter :     

  • Et pour ça elle a dû se l’a joué, avec son style poupée « Barbie », c’te salope de blondasse ! … Alors que moi avant qu’elle arrive, qui plaisait naturellement au mec du collège ! Et moi, je n’avais pas besoin de me l’a joué comme elle le faisait ! …

Mathilde rebaissa le ton, en continuant :

  • Pis quand j’ai connu Christophe, il m’a dit que lui, elle ne l’intéressait pas… J’me suis « c’est cool, enfin un mec qui s‘intéresse pas à c‘te poufiasse » … On à commencer à trainer ensemble et j’ai finis par tombée amoureuse… Alors je lui ai demandé de sortir avec moi, il m’a dit qu’il voulait réfléchir… Et dans mon dos, Linda lui à demander de sortir avec elle… Quand je l’ai appris, j’en ai rigolé… Je me suis dit cette fois ma fille, tu vas tomber de haut… Je suis même allé voir les copines pour me vanter que j’étais plus belle et qu’elle n’avait aucune chance… Histoire de remonter en même temps, ma côte de popularité qui avait bien baissée… Mais quand il m’a appris, comme toi tu l’as fait, devant le collège qu’il l’avait choisi, elle, plutôt que moi…

À cet instant, l’adolescente craqua de plus belle :

  • J’ai véritablement pété un câble ! … Je l’ai chopé et je l’ai explosé devant tout le monde… Bien sûr, quand mon père l’a appris… Il m’a pourri, et à commencer à me tabassée… Ma mère au bout d’un moment à quand même pris ma défense… Et il l’a frappé sur elle… Mon grand-frère qui avait dix-sept ans à cette époque, et qui rentrais de l’école militaire, est rentrée à ce moment-là… Il a fracassé mon père et l’a foutu dehors…
  • Ah, ouais c’est vraiment parti vrille !
  • C’est clair… Attend, j’finis… Mon père est allé vivre chez la mère de Linda en attendant de déménager… Et pis quand je suis retourné au collège… Tout le monde me prenait pour une sauvage… Au début ça me gênait… Mais après je me suis dit que j’allais en profiter… J’ai menacé toutes mes soi-disant copines, même Charlène que toutes celles qui osaient parler avec elle je les fracasserais… Pis que la prochaine qui y’en a une qui essayerai me piquer un mec, je lui ferais la même chose qu’à Linda… Mais aussi qu’si y’en avait une qui l’insultais pas quand elle passait devant elle, je la défoncerais autant qu’si elle trainait avec elle… Y’en pas une qui à broncher, elles ont toute fait ce que leur ai dit… Et puis comme tu le sais Linda a déménagés cet été… Voilà ! tu sais tout.

Gabriel fronça les sourcils, contrarié :

  • Ch’uis désolé d’avoir cru ce qu’on m’a raconté… C’est vrai que ça m’a surpris que tu sois vraiment comme ça, mais je n’ai pas essayé d’en savoir plus… Par contre j’voudrais te poser une question… C’est après ça que t’a commencer à jouer le rôle de la narcissique ?
  • Ouais… Les filles avec moi, marchait à la peur… Alors je me la jouais devant elles… Mais d’un côté c’est bien ce qui c’est passé avec Charlène… Parce que j’en avais vraiment assez de joué c’rôle.

Il eut un petit silence où les deux adolescents, se regardèrent dans les yeux, Gabriel lui tenant encore la main. Puis d’un coup, il déclara :

  • Au faite moi aussi j’ai une confidence à te faire !
  • Qu’est-ce que c’est ?
  • Tu te rappel le jour où je me suis enfuit en te regardant bizarrement ?
  • Ouais, mais j’préfère ne plus en parler.
  • Attends, il faut vraiment que tu sache pourquoi j‘ai eu cette réaction quand même… En faite, je t’ai regardé comme ça parce que à ce moment-là j’ai eu un flash.
  • Ah ! Ouais et c’est quoi ce flash qui t’a fait si peur ?
  • J’vais t’montrer.

Il continua son explication en allant chercher la fameuse peinture dans un des meubles au fond de la pièce :

  • Je sais plus si je te l’ai dit… Mon père qui est peintre c’est cassé, y’a deux ans.
  • Je ne sais pas si c’est toi qui me la dis… Mais je le sais oui.

Sortant du meuble, le tableau dans son emballage, le désenveloppa, revint vers elle l’œuvre face à lui et en la posant devant elle, s’exclama :

  • J’espère que t’a le cœur bien accroché, tu vas halluciner, regarde.
  • Ouah, c’est lui qui la peint !?! Et alors ça n’explique pas ton flash ?
  • Oui, c’est lui qui la peint, et si ça explique mon flash… Regarde bien le visage ?

Clignant des yeux comme si elle n’était pas sûr de bien voir :

  • C’est… C’est… C’est moi !?! Balbutia-t-elle.
  • Ouais, tu comprends pourquoi j’ai cru halluciner ?
  • Ouais, j’comprends, mais comment il a pu faire ? Je ne l’ai jamais vu ton père.
  • Ça, c’est le grand mystère… Je n’arrive pas à comprendre, en plus il a même peint ta chaine et ton pendentif.
  • Ouais, c’est un truc de malade. Déclara-t-elle en ne pouvant quitter la toile des yeux.

Mathilde réfléchis quelques secondes, et ajouta :

  • Tu sais le pire dans c’truc, c’est que même s’il s’était retrouvé face à moi, y’a deux ans… Il ne m’aurait pas peint comme ça.
  • Pourquoi ?
  • Parce que déjà en deux ans j’ai changé physiquement et là, en l’occurrence c’est moi maintenant, y’a deux ans je n’étais pas comme ça… Et un autre truc cette chaine et ce pendentif je les ai achetés cet été.
  • C’est vrai !
  • Ouais, parce que moi c’est ça qui m’choque le plus… Parce qu’habitant sur Dieulefit… Dieulefit c’est pas grand, alors on n’aurait pu se croiser, tu vois ?
  • Ouais, c‘est vrai. Observa Gabriel très attentif aux interrogations de son amie.
  • Alors que la y’a rien à dire c’est moi maintenant, pas avant… Et franchement je ne vois pas comment il a fait… C’est vraiment dingue c’tableau.

 

Après que Mathilde soit rentrée chez elle, Gabriel qui s’était allongé pour s’endormir, eut du mal à trouver le sommeil, le fait d’avoir de lui avoir parlé de ce mystérieux tableau, avait décuplé son envie de revoir son père pour trouver beaucoup de réponses : « Mon père est partit avec tous ces secrets qui planent autour de lui, qu’il faut absolument que je lui pose toutes ces questions qui me trottent dans la tête… Comment a-t-il pu peindre Mathilde ? … Pourquoi est-il partit aussi soudainement sans laisser de traces ? … Mais surtout… Comment a-t-il pu ne pas passer du temps avec sa propre fille ? … Je sais que mon père est d’abord un homme parmi les autres… Personne n’est à l’abri des erreurs… Mais j’ai dû mal à comprendre certains de ses choix… Et plus le temps passe moins j’ai l’impression de l’avoir un jour réellement compris… Pis j’ai pas envie d’encore me fier aux faits… En ignorant ce qui les a véritablement causés. »

Gabriel ange déchu (épisode 8)
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